économie sociale : économie exercée par des collectifs privés ou semi-privés et non capitalistes (sans but lucratif) : associations, mutuelles, coopératives, syndicats, fondations... Les francophones lui associent davantage un objectif philanthropique (voué au bien-être des individus) que les Anglo-saxons, qui parlent de Non-Profit Sector.
économie sociale et solidaire : économie sociale visant une meilleure insertion ou cohésion sociale des populations via le développement local et les services de proximité.
économie : production, échange et répartition des richesses (biens et services) dans une société.
L’économie de notre société est-elle remise en cause aujourd’hui ?
Denis Bouget : Depuis des décennies, voire des siècles, les
politiques économiques oscillent entre deux approches : l’une vante
l’efficacité du libre commerce d’entreprises privées pour la satisfaction
des consommateurs et des producteurs ; l’autre prône l’intervention de
la puissance publique, notamment pour gérer les produits socialement
prioritaires (eau, énergie, santé, etc.) et réduire les inégalités individuelles
ou territoriales.
Si l’échec du communisme a fourni une vaste légitimité à l’économie
libérale, la crise actuelle ravive pourtant les souhaits d’intervention de
l’État, comme après la grande crise de 1929. Mais le contexte mondial a
bien changé en 80 ans : les échanges internationaux se sont multipliés et
diversifiés ; les marchés financiers ont pris une importance considérable ;
l’économie industrielle a décliné au profit de celle des services...
De plus, des ressources naturelles majeures se raréfient. La population
des pays riches vieillit. Les déséquilibres de condition de vie entre les
divers groupes sociaux tendent à s’aggraver et des migrations massives
se produisent, notamment vers les littoraux. Les conséquences de ces
phénomènes sont encore mal connues.
L’adaptation des sociétés à ces changements est lente et s’accompagne
de tensions sociales. De nouvelles institutions supra nationales
(fédérations d’États, traités, organismes internationaux) naissent sous la
pression d’associations et de mouvements sociaux qui se mondialisent
eux aussi. Au XIXe siècle, le débat économique mettait en cause le
principe même de l’économie de marché ; aujourd’hui, il s’agit plutôt
de savoir comment conserver la variété des mécanismes du marché
comme moteur du progrès économique tout en s’accordant sur des
règles censées garantir une cohésion sociale durable.
Henry Noguès : Selon la théorie dominante, un système de
marchés avec une libre concurrence est le seul capable de donner aux
individus le pouvoir d’orienter l’activité économique suivant leurs besoins.
Or cette vision a inspiré un mouvement général de marchandisation,
de privatisation et de dérégulation de l’économie qui conduit à une
répartition de plus en plus inégale des richesses et des pouvoirs.
Cette défaillance contribue à l’essor de l’économie sociale, même si cette
dernière demeure encore marginale, et fait de la remise en cause de
l’économie libérale une nécessité urgente.
La révision en question porte d’abord sur la pensée économique : il faut
redorer les vertus de la critique envers la théorie dominante, que cette
critique soit d’inspiration keynésienne (donner plus de pouvoir à l’État),
marxiste (donner plus de pouvoir aux travailleurs), ou autre.
Elle suppose ensuite de reconnaître la pluralité économique : l’économie
de la grande industrie et de la finance, soumise à la logique de
rentabilisation des capitaux ; celle des PME et de l’artisanat, où s’exerce
avant tout l’engagement personnel ; l’économie publique (de la santé,
des transports...) et l’économie sociale et solidaire, où s’expriment des
responsabilités partagées. Cette « biodiversité économique » est une
richesse à défendre.
Elle requiert enfin de soumettre davantage le problème de régulation
des marchés au débat politique afin de répartir plus équitablement les
bénéfices et les contraintes de la concurrence (convenir, par exemple,
d’avantages fiscaux pour des producteurs dont la marginalité empêche la
compétitivité). Selon Alain Supiot, fondateur de la Maison des sciences de
l’Homme à Nantes, il s’agit ainsi de « réaffilier le marché à la justice ».
À quoi servent les sciences économiques et quels sont leurs défis actuels ?
D. B. : À la première partie de la question, on serait tenté de répondre :
« À rien ! », puisqu’elles n’ont pas anticipé la crise actuelle. Or les sciences
économiques n’ont rien d’une « météorologie financière ». Comme les autres
sciences sociales, elles peuvent aider aux décisions de société davantage en
expliquant les phénomènes qu’avec des prédictions précises.
Rappelons aussi que les économistes, comme tout un chacun, sont
soumis à deux optiques quasi opposées : d’un côté, la satisfaction de
l’intérêt personnel (du consommateur, du producteur) ; de l’autre, celle de
l’intérêt général et de valeurs collectives. Les connaissances ont beaucoup
progressé dans ces deux « camps doctrinaux », à la fois théoriquement et
empiriquement (via des données statistiques).
Les théories récentes rendent compte, en effet, de relations entre
des faits économiques, mais la complexité et l’évolution de ces faits
rendent très difficile le passage de la théorie à des solutions pratiques et
universelles. La modélisation mathématique précise la forme des relations
économiques et permet de tester de nombreuses hypothèses mais, dans
le même temps, elle réduit considérablement la diversité réelle des actions
et des comportements (un faible nombre de variables et des équations
simplificatrices des comportements humains).
Le développement extraordinaire des bases de données et des enquêtes
portant sur les ménages ou sur les entreprises a induit des avancées
considérables via l’essor de méthodes de traitement statistique, telle
l’économétrie qui fait apparaître des relations entre des données
économiques et des caractéristiques des individus ou des groupes sociaux.
Le champ des sciences économiques s’est ainsi étendu à maintes activités
humaines (culture, vie familiale, religion...), ce qui fait parfois craindre, outre
l’hégémonie de la doctrine libérale, la domination de l’explication d’ordre
économique au détriment de l’apport des autres sciences humaines et
sociales.
H. N. : Le développement des filières de gestion des entreprises
(ou management) fait redouter, dans l’ensemble des universités du
monde, un tarissement de l’engagement des étudiants dans les études
économiques. Il correspond sans doute à un besoin du marché du travail,
mais les besoins d’analyse économique et d’aide à la décision n’ont
aucune raison de diminuer.
Il convient cependant d’élargir les formations à l’économie appliquée,
surtout dans des domaines comme le développement durable, la
santé, l’assurance ou la protection sociale, où le besoin d’approches
pragmatiques (orientées vers des solutions à des problèmes concrets et
précis) augmente avec l’accroissement des problèmes environnementaux
et démographiques. Cette adaptation est déjà en marche mais, en
France, les écoles de commerce se sont montrées plus réactives que les
universités.
Sur le plan de la recherche, les sciences économiques ont intérêt à interagir
davantage avec les autres sciences sociales. En effet, les enjeux dans les
domaines évoqués ci-avant nécessitent que les modèles et les analyses
économiques soient confrontés aux résultats d’études sociologiques ou
géographiques ; en retour, ces autres disciplines pourront affiner leurs
explications propres à l’aide d’arguments économiques.
Pour autant, les sciences économiques doivent conserver un espace spécifique dans lequel elles sont irremplaçables pour faire progresser la maîtrise de la complexité économique.
• Cahier pédagogique "SES" sur le site du Cercle de Recherche et d'Actions Pédagogiques
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