Radeau à moteur Stirling © Ph. MocquardLes moteurs électriques ou à combustion
ont investi le quotidien au point qu’on
en oublie d’autres, comme le moteur Stirling
inventé il y a deux siècles par l’Écossais du
même nom1. Ce « moteur à air chaud » a
été durant 7 ans la star d’un club au lycée
Monge, à Nantes, où des lycéens ont réalisé
ou amélioré des prototypes sous la houlette
de Philippe Mocquard, enseignant en
électrotechnique. Cette initiative a permis
de faire d’une pierre trois coups : faciliter
la compréhension de la thermodynamique
par une pratique ludique ; faire découvrir
des machines méconnues et spectaculaires ;
promouvoir des systèmes en phase avec les
exigences environnementales actuelles.
Un moteur à air... comment est-ce possible ?
Très simplement : un piston est mu par
les variations de volume de l’air dilaté au
contact d’une source chaude puis contracté
au contact d’une source froide. « Avec les lycéens, nous avons conçu et fabriqué des moteurs qui actionnent une roue, animent un praxinoscope 2, font avancer un petit radeau... uniquement avec du chaud et du froid ! », raconte Philippe Mocquard. Par ces réalisations
et leur présentation lors de manifestations
telles que la Fête de la science et Ramdam à
l’Ouest, le club Stirling a suscité l’étonnement
du public et fait mouche chez les lycéens. « Il nous a apporté bien d’autres choses que le plaisir d’apprendre et de faire : esprit d’équipe, confiance en soi, autonomie... », témoigne
Maxime Chevalier, ancien membre du club.
Le moteur Stirling fait l’objet d’applications
diverses : on le trouve à bord de sous-marins,
de bateaux, de satellites... S’il est toutefois peu
répandu et absent du monde automobile, c’est
surtout qu’il se prête mal à de fortes montées
en régime. En revanche, il permet d’utiliser
différentes sources de chaleur déjà disponibles
(rayonnement solaire, sources naturelles d’eau
chaude, systèmes de cogénération3, chaleur
d’ordinateurs qu’il évacue sans consommer
d’électricité, etc.) ; il évite alors un gaspillage
énergétique et ne pollue pas.
Depuis le départ de son mentor du lycée
Monge pour le lycée Livet, le club n’est plus en
activité, mais le moteur Stirling n’a sûrement
pas rendu son dernier souffle, ni dans les
lycées ni ailleurs !
Hélène GÉLOT, étudiante à l’Université de Nantes
2. appareil d’animation visuelle inventé par Émile Reynaud en 1876.
3. Cf. glossaire
L’actualité de l’énergie est au diapason de la nouvelle culture web,
fourmillante d’innovations technologiques. Ainsi nos entreprises
et nos habitations seront bientôt truffées d’energy box, compteurs télétransmetteurs
auxquels n’échapperont aucune ligne électrique ni
aucun tuyau de gaz. L’un des enjeux majeurs de ces réseaux intelligents
(smart grids, chez les Anglo-saxons) est de mesurer en détail et en
temps réel la demande énergétique afin d’optimiser la production et
la distribution. Cette ambition rencontre une complexité nouvelle, non
seulement technique, car les « nouvelles énergies » se développent de
façon peu prévisible, mais aussi et surtout économique,
le marché de l’énergie étant désormais ouvert à une
multitude de fournisseurs en concurrence.
Par ailleurs, ni les installations ni les
usages, en matière d’énergie, ne peuvent
être largement modifiés du jour au
lendemain, notamment parce qu’ils sont
en partie liés aux sources d’énergie
primaires localement disponibles, qui
dépendent du climat et des sols. C’est à
partir de ce constat que les fondateurs
nantais de l’association Patrimoine
Énergie Ouest ont voulu mieux connaître et mettre en valeur le « monde
énergétique » de la Bretagne et des Pays de la Loire. Ils ont alors recensé
un patrimoine complexe, peu connu, et qui témoigne d’une grande
ingéniosité : chaufferies à bois pionnières des Pays de la Loire, centrale
de Cordemais, usine marémotrice de La Rance, etc. Si ce travail1 met en
lumière des relations plus ou moins évidentes entre ces installations et des
particularités géographiques (proximité de l’océan, climat doux et venté,
absence de gisements d’énergie fossile et de grands reliefs, productions
agricoles abondantes...), c’est aussi une histoire industrielle inédite qui
en émerge, et l’on comprend mieux pourquoi, comment et à quel point
le vaste estuaire de la Loire, avec notamment son terminal méthanier, sa
raffinerie et son port à bois, est devenu le grand « poumon
économique » de l’Ouest.
Puisse cet éclairage porté sur nos infrastructures
régionales et leurs origines aider à accorder au
mieux les futurs choix énergétiques avec la réalité
des territoires.
Ivan SAILLARD, directeur de la communication
ERDF-Ouest et Président de l’association
Patrimoine Énergie Ouest
1. soutenu par les régions Bretagne et Pays de la Loire et source de l’ouvrage illustré Énergies en Bretagne et en Pays de la Loire, l’actualité d'un héritage, à paraître au printemps 2011
• Une adresse mel : peouest@neuf.fr
• Halgand Marie-Paule et Guillaume Jacques, Basse-Loire, une histoire industrielle, Nantes : MeMo/e+pi, 2007, 128 p. (Carnets d’usines).
• Sauban R., Des ateliers de lumière. Histoire de la distribution du gaz et de l’électricité en Loire-Atlantique, concours de l’université de Nantes et de l’université Inter-Ages, Nantes : EDF/GDF, 1992, 311 p.
• Kerouanton J.-L., Le Maître Y., Cordemais en estuaire, Nantes : Association pour le développement de l’Inventaire Général, 1996, 18 p. (Images du Patrimoine).
• Enfant de la lune : 30 ans d’énergie marémotrice en Rance, Paris : Textuel, 1997, 96 p.
© N. BarreauEn février dernier, un système composé de 8 panneaux
photovoltaïques de première génération1 a été installé à
côté du bâtiment Isomer, à l’université de Nantes. Mis au point par
PureET, cabinet nantais d’études et de conseils dans la gestion de
la mixité énergétique, « cet équipement a d’abord une vocation pédagogique », annonce Nicolas Barreau, enseignant-chercheur
à l’Institut des matériaux de Nantes et initiateur du projet. « Les étudiants en physique et en énergies renouvelables vont pouvoir se familiariser avec ce type d’installation et travailler sur des problèmes réalistes, par exemple en étudiant la production d’électricité des panneaux en fonction de leur inclinaison (30° est l’inclinaison optimale à notre latitude). Grâce à une station météo, ils pourront aussi mesurer l’influence, sur ce rendement, de l’irradiance solaire 2 ou de la température de l’air. »
Pourquoi avoir choisi des cellules de première génération ? « Parce qu’elles représentent encore 95 % du parc photovoltaïque actuel et que ce projet vise aussi à répondre aux interrogations d’industriels, d’installateurs et de particuliers, notamment sur l’importance de l’isolation thermique des panneaux », précise Nicolas. Aujourd’hui,
les aides financières3 incitent à intégrer au bâti de tels dispositifs, or un panneau peu ventilé a tendance à
chauffer ; la baisse de tension électrique
qui en résulte peut diminuer le rendement
de plusieurs pourcents. Cette perte reste
cependant à mieux comprendre et à évaluer
précisément. Voilà sans doute un thème de
nouvelles recherches et de futurs travaux
pratiques.
Ce projet, dont les résultats seront publiés
sur Internet, n’est pas réservé aux étudiants
en physique (par exemple, des étudiants en
informatique pourraient améliorer le logiciel
d’analyse des données) ; il est même ouvert
à la curiosité du public4
J. D.
1. en silicium cristallin. Cf. par exemple Mille-feuilles solaires, Têtes chercheuses n°2.
2. puissance du rayonnement solaire capté par une unité de surface, en watts par mètre carré
3. prime de l’État et achat par EDF de l’électricité produite
4. pour visiter l’installation ou s’informer sur le photovoltaïque : Nicolas.Barreau@univ-nantes.fr, 02 51 12 55 26
© www.ohazar.comE n 2009, le premier lycée de haute qualité
environnementale (HQE) des Pays de la
Loire a ouvert ses portes à Olonne-sur-mer,
en Vendée. « Notre établissement, dédié à la professionnalisation dans les secteurs du nautisme et de l’automobile, est équipé d’éoliennes dont la production électrique assure la ventilation de l’internat », décrit
son proviseur Andrée Roux. « Des capteurs solaires thermiques et des panneaux photovoltaïques couvrent respectivement 50 % des besoins en eau chaude et 60 % de l’éclairage de certains bâtiments. » Marc Henry, chargé de projet à la Direction
régionale du patrimoine immobilier, précise
l’enjeu d’un tel panachage. « La mixité énergétique couplée à une isolation de qualité est un levier efficace pour minimiser le recours aux énergies fossiles, dont le chauffage est grand consommateur. Elle doit néanmoins être accompagnée d’une formation des usagers à la gestion optimale des dispositifs installés. » Et la développer
dans les infrastructures scolaires est sans
doute une bonne façon de la promouvoir.
En 2013, le futur lycée HQE de Clisson visera
l’autonomie énergétique.
Le développement de nouveaux systèmes
énergétiques nécessite toutefois des aides
ou des collaborations. À cette fin, dans notre
région, le cluster In’énergie met en relation
des entreprises, des centres de formation,
des laboratoires de recherche et des acteurs
institutionnels pour aider à l’émergence
de projets coopératifs tels que Shyper1.
Animé par la Mission Hydrogène Pays de la
Loire, ce dernier vise à équiper des bateaux
de pêche avec des moteurs électriques
alimentés par des piles à hydrogène issu de
l’électrolyse de l’eau. « Nous envisageons de fabriquer cet hydrogène grâce à l’électricité fournie par des éoliennes offshore au pied desquelles les navires pourront venir se ravitailler », précise
Frédéric Meslin, animateur de la mission.
Outre la résolution de difficultés techniques
liées notamment au stockage embarqué
de l’hydrogène, il fallait convaincre les
pêcheurs de céder une partie de leur zone
de pêche pour y implanter des éoliennes.
« C’est chose faite aujourd’hui, annonce Frédéric Meslin, mais il reste à obtenir de l’État qu’il lève en partie l’interdiction de circulation des véhicules à hydrogène. »
Julie DANET
1. Système hydrogène pour une pêche écologiquement
responsable (projet soutenu par l’Europe, l’État,
plusieurs régions, des industriels, des fédérations de
pêcheurs et des organismes de formation)
En 2010, les centres de données
informatiques (CDI) ont consommé
près de 2 % de l’électricité produite dans le
monde, soit ce que fournit une quarantaine
de réacteurs nucléaires. Au rythme de leur
essor actuel et sans mesure particulière, cette
consommation devrait quadrupler d’ici à
2020.
La plupart des CDI « hébergent » des services
web, tels ceux de Météo France ou du Trésor
public. Ils regroupent jusqu’à plusieurs milliers
de serveurs informatiques interconnectés et,
parfois, comme dans le cas des déclarations
fiscales par Internet, leur sollicitation est
sporadique, alors que les serveurs fonctionnent
presque tous en permanence.
Depuis 2006, notre équipe de recherche
s’attache à optimiser la consommation
d’énergie électrique de ces centres. Pour ce
faire, elle a développé Entropy, un logiciel
libre qui s’appuie sur la possibilité de lancer
plusieurs fois en même temps, sur un « serveur
physique » (un ordinateur), le programme
fournisseur du service (comme si plusieurs
opératrices téléphoniques utilisaient la même
ligne simultanément) ; un serveur physique
peut ainsi comporter plusieurs « serveurs
virtuels » afin de traiter davantage de
demandes simultanées.
Entropy « interroge » régulièrement toutes les
machines du CDI pour connaître leurs charges
de travail respectives. Grâce à un algorithme
mis au point par notre équipe, il détermine
alors une redistribution des serveurs virtuels
qui permet de minimiser le nombre de serveurs
physiques allumés (il éteint ou rallume des
machines selon les besoins du moment) et,
par conséquent, la consommation du centre.
L’économie d’énergie que peuvent apporter
la virtualisation et Entropy dépend de chaque
CDI, mais les tests effectués avec différents
partenaires1 indiquent qu’elle pourrait
fréquemment atteindre 50 %.
Ce projet devrait déboucher bientôt sur la
création d’une société qui proposera des
outils d’économie « clé en main » basés sur ce
logiciel.
Jean-Marc MENAUD, Maître assistant à l’École
des mines de Nantes, chercheur à l’Inria et
au Lina, Laboratoire d’informatique Nantes
Atlantique (Université de Nantes/EMN/CNRS)
1. OrangeLab, Bull et la Direction générale des finances
publiques
Document sonore de Prun’ :interview de Jean-Marc Menaud - Podcast disponible à partir du jeudi 17 mars.
par les auteurs des brèves
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