Glossaire

toxicité : nocivité potentielle d’une substance chimique à l’égard d’un être vivant

écotoxicité : toxicité à l’égard d’au moins une espèce vivante lorsque la substance est présente dans l’environnement

perturbateur endocrinien : agent chimique perturbant le fonctionnement hormonal (production, régulation ou efficacité des « messagers chimiques » que sont les hormones) d’un être vivant

cindynique : ensemble des sciences et des techniques d’étude et de prévention des risques

risque : aléa combiné à un enjeu, ou probabilité (notion objective) qu’un événement en général indésirable (un danger) se réalise pondérée par la gravité (notion subjective) du dommage

spectrométrie de masse : technologie qui permet d’identifier des molécules via la mesure de leurs masses. voir le site du CEA

sievert : unité de « dose efficace » caractérisant l’impact de rayonnements ionisants sur l’organisme. Cette dose est obtenue en multipliant par un coefficient la dose physique (en grays) qui est une énergie (en joules) reçue par kilo de matière. Ce coefficient dépend du type de rayonnement car, à énergies égales, certains rayonnements (alpha, par exemple) sont potentiellement plus nocifs que d’autres (gamma). On introduit aussi un coefficient lié à la radiosensibilité du tissu exposé. Ces différents coefficients sont des facteurs de risque estimés, donc susceptibles d’être révisés par la CIPR. Cf. Mots et grandeurs de radioactivité, J. Martino, TC n°5.

DOSSIER
Des toxiques à moindres risques

Toxicologie des toxines marines

Toxines en cocktails

Yves-François POUCHUS, Nicolas RUIZ et Olivier GROVEL, respectivement Professeur et Maîtres de conférences à l’Université de Nantes, chercheurs de l’équipe MMS, Mer, molécules, santé (Université de Nantes et du Maine/Université catholique de l’Ouest à Angers)

Au début des années 1990, des coquillages présentant un haut niveau de toxicité ont été découverts le long des côtes françaises. Aucune toxine connue ni aucun polluant chimique habituel n’a été trouvé dans les échantillons. Nous avons alors émis l’hypothèse d’une origine fongique (de champignons), tandis qu’aucune étude sur les mycotoxines marines n’avait encore été menée ou publiée. C’est ainsi que nous avons identifié des champignons dans des extraits de coquillages ou de sédiments de parcs conchylicoles ; nombre d’entre eux, du genre Trichoderma, ont présenté une neurotoxicité notable. Des essais en laboratoire ont montré que les moules accumulent des toxines produites par ces champignons, accréditant ainsi notre hypothèse. Les substances identifiées sont des peptaïbols, petits peptides linéaires constitués de 18 à 20 acides aminés ; leur toxicité se traduit par leur capacité à dérégler les messages nerveux en générant des flux d’ions calcium anormaux dans la membrane neuronale. Leur détection dans des échantillons naturels de moules et de sédiments a ensuite confirmé la résidence des Trichoderma dans le milieu marin et la contamination de coquillages par leurs toxines. Vers 1990 également, sur l’Île-du-Prince-Édouard, au Canada, la consommation de moules a provoqué une intoxication humaine singulièrement grave. Une toxine déjà connue a été rapidement isolée et identifiée. Il s’agit de l’acide domoïque, une petite molécule produite par une diatomée (microalgue) ; lorsque cette phycotoxine se lie à l’un des récepteurs synaptiques de l’acide glutamique, elle engendre maux de tête, confusion, désorientation et perte de mémoire, d’où le nom « d’intoxication amnésiante ». Cependant, l’effet observé était très supérieur à celui qu’on connaissait pour l’acide domoïque. Lors de la recherche de la cause de l’intoxication, toutes les voies connues avaient été explorées et, entre autres, des Trichoderma avaient été extraits des coquillages, mais la toxicité de leurs peptaïbols ne correspondait pas davantage à l’effet observé. Une autre toxine avait-elle échappé à l’analyse ou un phénomène inconnu était-il en jeu ? Nous nous sommes alors demandé si la présence de peptaïbols pouvait amplifier (ou « potentialiser ») la toxicité de l’acide domoïque. Et en effet, des expériences menées sur des larves de diptères ont montré que la toxicité résultant d’une telle association est 35 fois supérieure à celle de l’acide domoïque seul ! Cette élucidation a nécessité plusieurs années de recherches et nous ne sommes encore qu’au début de l’étude des « cocktails de toxines marines ». Elle a ouvert la voie à une compréhension nouvelle de la toxicité des coquillages. En collaboration avec l’Ifremer, nous avons amorcé l’exploration de diverses possibilités de potentialisation. D’autres équipes travaillent sur les effets des mycotoxines ou de tels cocktails en vue de concevoir de nouveaux médicaments.

Potentialisation de la toxicité de l’acide domoïque par des peptaïbols Une dose de 25 microgrammes de peptaïbols ajoutée à chaque milligramme d’une solution contenant de l’acide domoïque provoque, chez des larves de diptères, la même mortalité qu’une solution 35 fois plus concentrée en acide domoïque et sans peptaïbols. © RC2C, d'après Y.-F. Pouchus (MMS)

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