Le marché des compléments alimentaires est en forte croissance.
Ces produits (sous forme de gélule, de poudre...), considérés
comme plus naturels que les médicaments, sont destinés à équilibrer le
régime alimentaire ou à renforcer certaines fonctions de l’organisme.
Une simple déclaration auprès de la DGCCRF1, outre la conformité à
la réglementation de l’Union européenne, suffit à la légalité de leur
commerce. L’essor des marchés internationaux a également conduit
à l’explosion de l’offre industrielle en ingrédients nouveaux (par
exemple des additifs de saveur ou de texture) qui, eux, sont assujettis
à une autorisation de mise sur le marché (AMM).
Un dispositif de nutrivigilance géré par l’Anses2 permet d’analyser les
cas d’ingestion alimentaire ayant provoqué un « effet indésirable ».
Entre septembre 2009 et août 2010, l’Anses a recensé 123 cas. Elle
a rendu récemment un avis sur « la sécurité d’emploi d’extraits
alcooliques d’igname (Dioscorea) dans les compléments alimentaires »
à la suite de 11 déclarations d’effets indésirables potentiellement
liés à leur consommation. Elle conclut que « le lien de causalité entre le complément alimentaire et les effets indésirables déclarés ne peut être exclu dans 10 cas » et recommande l’acquisition de données toxicologiques (qui pourraient conduire à une interdiction).
Toutes les denrées, qu’elles soient « naturelles » ou non, méritent la
même vigilance.
1. Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes
2. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail
Avec l’engouement pour « le bio » et les produits d’origine
végétale, les huiles essentielles (ici notées HE) connaissent
un large succès commercial mais sont aussi source de consultations
dermatologiques de plus en plus nombreuses.
Les HE, qui contiennent des extraits volatils de végétaux, sont
utilisées depuis très longtemps notamment pour leurs propriétés
antiseptiques. Certains effets bénéfiques ont été démontrés, telles
les actions anti-inflammatoire et anti-allergique de l’HE de la
borraginacée Cordia verbenacea. Quant à leur nocivité potentielle,
sans parler d’effets allergisants, il apparaît, par exemple, que l’HE du
millepertuis Hypericum perforatum est photosensibilisante, celle de
la renonculacée Cimicifuga racemosa a des propriétés œstrogéniques
(c’est un perturbateur endocrinien), les terpènes du
camphre et du menthol peuvent provoquer des convulsions chez
le nourrisson, et nombreuses sont les HE qui favorisent le passage
transdermique indésirable de certains ingrédients de cosmétiques ;
bien évidemment, le risque dépend de la dose.
Les HE n’étant pas assujettis à une AMM, c’est principalement le
recensement d’effets indésirables qui permet de réglementer leur
usage ou d’émettre des recommandations. Ainsi les HE du chénopode
Chenopodium ambrosioïdes et du genévrier Juniperus sabina ontelles
été interdites ; le camphre, l’eucalyptol et le menthol sont
déconseillés pour les enfants de moins de 3 ans et font l’objet de
limitations de teneur dans les cosmétiques.
On ne peut évaluer qu’au cas par cas les risques liés aux huiles essentielles ; toutefois, les effets observés invitent à exclure leur utilisation chez toute personne fragile : enfant, femme enceinte, personne âgée ou allergique...
© www.ohazar.comLa toxicologie a beaucoup progressé grâce
à l’approche expérimentale qui consiste
à exposer volontairement des animaux à des
substances. Or il n’est pas possible d’explorer
ainsi les effets sur la santé de tous les toxiques
potentiels, d’autant moins que les tests in vivo,
parfois source de souffrances, soulèvent des
problèmes éthiques croissants. C’est pourquoi
se développe une autre voie visant à tirer tous
les enseignements possibles d’intoxications
fortuites chez les animaux comme
chez l’Homme.
C’est par cette « toxicovigilance »
que notre centre antipoison contribue
à l’avancée des connaissances.
À l’écoute permanente de toute
question relative aux risques toxiques
pour les animaux, nous recevons des
appels de vétérinaires confrontés
à des cas très variés. Chaque appel
fait l’objet d’un enregistrement dans
une base de données informatisée ;
celle-ci permet d’établir, de façon
statistique, des relations entre des produits
(ou les substances actives qu’ils contiennent)
et des effets observés chez diverses espèces
animales.
Néanmoins, les suspicions n’étant pas toutes
bien fondées, il faut juger de la pertinence du lien
entre l’exposition au produit, parfois incertaine,
et les effets relatés. Dans un premier temps,
cette « analyse d’imputabilité » est effectuée
par un logiciel à partir de la description du
produit, de la dose supposée ingérée, du temps
écoulé entre l’exposition et l’apparition des
troubles, du tableau clinique et de l’existence
possible d’une autre cause : le logiciel calcule
une note d’imputabilité comprise entre 1 et 5.
Dans un second temps, le cas est examiné par
un toxicologue qui, au moindre doute inspiré
par ce qu’il sait des mécanismes d’action du
produit incriminé, le confronte aux données de
revues spécialisées.
Cette activité alimente la connaissance de toxiques pour lesquels on manque d’études expérimentales. Elle permet aussi de révéler des risques insoupçonnés. Par exemple, il a été ainsi mis en évidence la fréquence élevée d’intoxication par les huiles essentielles ou les produits pétroliers chez le chat, qui est attiré par ces substances souvent très odorantes, ainsi que la nocivité du raisin et du chocolat pour le chien.
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