Premiers pas vers l'entreprise

Depuis que l’option « Découverte professionnelle » proposée aux classes de troisième a été instaurée, en 2005, les enseignants ont plus que jamais besoin d’aide pour faire découvrir à leurs élèves la diversité des formations et des métiers développés notamment en région. Dans ce but et pour aider à chasser les préjugés sexistes pesant sur les métiers, quoi de mieux que de visiter des entreprises et dialoguer avec des professionnels sur leur lieu de travail ?

« Les jeunes apprécient d’observer le personnel en action, la fabrication des produits, les rouages d’une activité économique... », a constaté Jean-Luc Gaignard, directeur de Terre des sciences, au cours des nombreuses visites scolaires organisées à l’Inra et dans d’autres établissements lors des « Rendezvous du végétal » ou de l’opération « Made in Angers »1. « Ces rencontres entre lycéens et entreprises, que Terre des sciences orchestre depuis bientôt 20 ans, permettent notamment de casser des clichés, comme celui de l’agriculteur ‘’bouseux’’, ou de faire savoir que le secteur de l’électronique, bien que marqué par la crise, emploie 20 000 personnes en Pays de la Loire, continue de se développer et recherche des femmes et des hommes qualifiés. » Après avoir oeuvré à la mise en place de l’exposition « Les femmes créent : entreprenariat, recherche, art et culture »2, Terre des sciences a organisé en mars dernier le premier colloque régional « Découverte économique du territoire par le monde éducatif » afin de rapprocher plus encore les jeunes des réalités de l’entreprise. « Cet événement a réuni 73 représentants du milieu éducatif, du tissu économique et des collectivités territoriales, indique Jean-Luc Gaignard. Il a lancé une coopération destinée à mutualiser des outils efficaces et à faire émerger de nouvelles pratiques. Par exemple, il est envisagé de développer un site Internet permettant aux enseignants de connaître l’ensemble de l’offre régionale de visites d’entreprises destinée aux scolaires ».

1. Cf. Profession : médiateur, Têtes chercheuses n°13, et le site de Terre des Sciences

2. présentée jusqu’au 4 novembre à la Maison de la technopole à Angers

Visite d'Agrocampus lors de "Made in Angers" © J.L. Gaignard

Une incitation nationale

Il y a 20 ans déjà, le secrétariat d’État chargé des droits des femmes créait le Prix de la vocation scientifique et technique des filles (PVS T) afin de favoriser l’élargissement des choix professionnels de ces dernières et la mixité des métiers. « En 2010, dans les Pays de la Loire, ce prix de 1000 euros 1 a été décerné à 77 filles des classes de terminale », rappelle Emmanuelle Proteau, chargée de mission aux Droits des femmes et à l’égalité (DDCS), qui organise le PVS T en Loire-Atlantique. « Il ne s’agit pas seulement d’une incitation financière à s’engager dans un cursus scientifique et technique, court ou long (BTS, DUT, université, classe préparatoire...), dans lequel les filles représentent moins de 40 % des effectifs, c’est aussi une récompense symbolique : le prix est remis en présence du préfet de région, du Président du Conseil régional, du recteur, de chefs d’établissements scolaires, de la presse et des familles », précise Emmanuelle. Outre la récompense d’un engagement, il y a celle d’un parcours : « Le mérite de la candidate est également pris en considération sur la base de ses résultats scolaires et des difficultés qu’elle a pu rencontrer dans la construction de son projet », indique un arrêté ministériel de 2007. Gwennoline Le Fur, lauréate en 2010 et étudiante à l’Icam2- Nantes, souhaite travailler dans le secteur aérospatial. « Remplir le questionnaire de sélection m’a poussé à préciser mon projet professionnel. Mon choix, bien qu’atypique, a été conforté par le profond soutien que j’ai ressenti lors de la cérémonie de remise. Quant à l’argent reçu, il m’aidera à financer mon projet d’expérience à l’étranger, prévu en troisième année. » Si Gwennoline apprécie la gratification, elle avoue néanmoins attendre « le jour où l’on n’aura plus besoin de ce genre de prix pour valoriser le parcours scientifique des filles. Alors la société aura fait un grand pas en avant ! »

Les prochaines candidates devront renvoyer avant le 14 octobre 2011 un dossier téléchargeable sur www.ac-nantes.fr.

1. financé par l’État, le Conseil régional des Pays de la Loire et la Conférence régionale des grandes écoles

2 Institut catholique d’arts et métiers

ça se passe maintenant

Allez les filles !

Les filles sont tout aussi aptes aux métiers scientifiques et techniques que les garçons. Comment faire de ce constat relativement récent une conviction très largement partagée ? En Mayenne, une opération au long cours s’appuie sur diverses interventions en milieu scolaire.
par Julie DANET
Sandrine Labbé © J. Danet

Elles représentent 46 % des élèves de terminale S et leur taux de réussite aux baccalauréats scientifiques et technologiques dépasse celui des garçons ; pourtant, les filles restent minoritaires dans certaines des filières correspondantes. C’est face à ce constat et afin de répondre à la demande de la Mission pour la parité de la préfecture de la Mayenne que le comité de pilotage « Femmes et sciences 53 »1 a créé en 2009 l’exposition « Les filles, osez les sciences ! »2.

« Déjà présentée dans 43 collèges et 15 lycées du département, cette exposition veut sensibiliser non seulement les filles mais également les garçons, les enseignants et les parents à la diversité et à l’accessibilité des métiers scientifiques et techniques, à travers notamment les témoignages de chercheuses, d’ingénieures et de techniciennes travaillant en Mayenne », explique Sandrine Labbé, directrice du CCSTI/Musée des sciences de Laval3 chargée de la mise en oeuvre de cette opération. « Quelques-unes de ces scientifiques professionnelles viennent également discuter avec les élèves de leurs métiers. Ces échanges sont l’occasion de faire découvrir en quoi consistent réellement les missions d’un ingénieur, par exemple en aéronautique ou en mécanique, et de montrer que ces métiers ne sont pas réservés aux hommes, que les femmes sont tout aussi capables de les exercer. »

La faute de Barbie

Aux filles le dessin, la dînette, les poupées puis les lettres, l’enseignement, la psychologie, la communication, l’assistance médicosociale... Aux garçons les fusées, les voitures, le bricolage puis les maths, la physique, l’électronique... « Par les jouets qu’ils offrent, notamment, les parents conditionnent les choix de leurs enfants dès leur plus jeune âge », fait remarquer Érika Flahault, enseignante et chercheuse en sociologie à l’Université du Maine, lors de ses interventions dans le cadre de cette opération. « Les filles sont ainsi implicitement incitées à reproduire les activités de leurs mères. Elles sont surveillées de plus près et évoluent dans un espace plus réduit que les garçons. On leur indique que mener une carrière scientifique est exigeant et complique souvent la conciliation des vies familiale et professionnelle... Les garçons, quant à eux, sont éduqués dans la compétition. Laissés libres de jouer dehors, ils s’approprient davantage l’espace ; leur envie de découvrir et d’entreprendre est encouragée. » D’autres études portant sur cette thématique sont rapportées par Érika Flahault. Elles ont notamment montré que les enseignants ont aussi une part de responsabilité dans les tendances d’orientation de leurs élèves. « En milieu scolaire, les garçons étant parfois perçus comme plus agités et plus créatifs, on leur porte inconsciemment davantage d’attention qu’aux filles. Cette différence de traitement pourrait largement expliquer le manque de confiance en soi qui affecte nombre de filles en particulier à l’égard des sciences. »

Si ces clivages éducatifs tendent à s’effacer et si certaines facultés ou écoles (de sciences humaines, sociales, médicales, biologiques, pharmaceutiques, vétérinaires, etc.) comptent aujourd’hui une majorité de filles, il reste néanmoins des filières où la gente féminine est peu représentée ; en témoigne la proportion toujours faible (27 %) de filles diplômées d’écoles d’ingénieurs, bien qu’en hausse4. « Les filles sont concentrées dans 11 des 86 familles de professions. En choisissant davantage des métiers scientifiques et techniques, elles augmenteraient leurs chances d’accéder à des postes plus reconnus et plus rémunérateurs », ajoute Érika Flahault.

« Une femme peut-elle être cosmonaute ? »

À cette question de l’un des quiz qui accompagnent l’exposition, les garçons comme les filles répondent généralement « non ». Est-ce encore Barbie hôtesse de l’air la responsable de cette autre considération sexiste ? Pas tout à fait. « Certains élèves expliquent l’exclusion des femmes de certains corps de métiers par l’argument selon lequel ces derniers exigent de la puissance physique, relate Sandrine. Or de nombreuses manipulations sont désormais robotisées et il faut plus de force pour soulever un malade que pour piloter un porte-avions ! » Et dans la recherche publique, pourquoi seulement 17 % des professeurs ou directeurs de recherche sont des femmes ? Outre les problèmes liés aux grossesses, selon Érika Flahault « c’est souvent la composition majoritairement masculine des jurys de sélection qui entrave l’accès des femmes aux postes à responsabilités, les hommes tendant à coopter d’autres hommes. » Volontairement engagée dans cette lutte contre les préjugés et les habitudes sexistes, depuis plusieurs années et au-delà du cadre de sa mission initiale au CCSTI de Laval, Sandrine précise que cette action n’est pas sous-tendue par un militantisme féministe. « Il s’agit de promouvoir à la fois les métiers scientifiques et techniques, l’égalité des chances et la parité professionnelle dont les vertus sont aujourd’hui reconnues. Et nous voulons faire comprendre à tous, en particulier aux jeunes, filles ou garçons, que les métiers n’ont fondamentalement pas de sexe ».

1. comité réunissant le CCSTI de Laval, le CDDP, le CIDF (Centre d’information sur le droit des femmes), le CIO, la Fédération de la ligue d’enseignement, la préfecture de la Mayenne, l’ESIEA-Ouest, l’Estaca, l’IUT de Laval, Laval Mayenne Technopole, le Cnam des Pays de la Loire, ainsi que des enseignants, des ingénieurs et des chercheurs

2. opération soutenue par la préfecture de la Mayenne, Laval Agglomération, le Conseil général de la Mayenne, la Direction régionale à la recherche et à la technologie, l'Inspection académique et la Région Pays de la Loire

3. Site du CCSTI de Laval

4. Chiffre du mois - Mars 2011 : les femmes ingénieures.

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