© Image 100 / ageFotostockDès les années 1970, en France et ailleurs, des problématiques
sociétales nouvelles, comme celle de l’utilisation de la pilule
contraceptive, puis la découverte du VIH ont eu pour effet d’élargir et
de faciliter les discussions sur les pratiques sexuelles, et notamment
sur l’usage du préservatif. Cependant, certaines paroles provoquent
ou rencontrent encore des stigmatisations sociales, comme celle des
hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) en partie
parce que, les plus touchés par le sida, ils ont été considérés comme les
premiers responsables de son expansion.
Contre les insuffisances…
La rencontre de difficultés dans la lutte contre les infections sexuellement
transmissibles (IST) a contribué au développement de recherches en
psychologie destinées à mieux comprendre comment les personnes,
et notamment des groupes sociaux particuliers, vivent leur sexualité,
perçoivent les moyens de protection et agissent en conséquence.
Il a été ainsi possible de mesurer combien certains facteurs tels qu’une
émotion intense peuvent rendre difficile l’usage du préservatif (tout
particulièrement lors d’une première utilisation) même si l’on est
convaincu qu’il faut l’utiliser.
Par ailleurs, il a été constaté une recrudescence du non-port du préservatif
depuis 19971, et il apparaît qu’une proportion non négligeable de Français,
qu’il s’agisse de personnes homo, bi ou hétérosexuelles, n’utilisent
pas le préservatif de façon systématique avec des partenaires dont
ils ne connaissent pas toujours le statut sérologique relatif aux IST2.
Il convient donc non seulement de poursuivre et d’améliorer les
campagnes d’informations, en particulier sur les relations entre le type
de rapport sexuel et le risque de transmission1, mais également de
développer des méthodes de protection alternatives, comme faciliter
l’accès au dépistage ou proposer soit un traitement préventif de la
contamination aux personnes séronégatives, soit un traitement antiviral
aux personnes séropositives pour protéger leurs partenaires3.
Adapter ces objectifs à des avancées médicales souvent rapides est
un défi en soi. Afin de mettre en place des protocoles permettant
de tester l’efficacité et l’acceptabilité d’un traitement nouveau, des
psychologues et des médecins ont entrepris une démarche coopérative
avec des volontaires issus des groupes de personnes concernées pour
mieux appréhender leurs vécus, habitudes, croyances, besoins et
comportements, et notamment ceux de personnes qui se savent infectées
par le VIH. Il s’agit de mettre au point des questionnaires qui permettent
d’interroger efficacement ces personnes sur leurs pratiques et sur leur
perception des risques liés aux IST et d’anticiper leurs comportements
lors du traitement.
...susciter la confiance
L’une des difficultés rencontrées concerne l’utilisation de questionnaires
auprès de personnes homosexuelles : les outils déjà existants, conçus en
référence aux pratiques hétérosexuelles, se sont avérés peu adaptés à un
tel public. Le travail mené avec ce dernier a déjà conduit à des ajustements
adéquats.
À titre d’exemple, pour les personnes hétérosexuelles, on distingue
classiquement « partenaire principal » et « partenaire occasionnel » ;
pour les HSH, nous distinguons désormais « partenaire affectif »,
« partenaire régulier » et « coup d’un soir », parce que ce sont des termes
fréquemment utilisés par les HSH. Aux « hétéros » on demande le nombre
de partenaires annuels : de 0 à 5 ; de 5 à 10 ; 10 et plus. Dans la mesure où
ce nombre est en moyenne plus élevé chez les HSH que chez les hétéros,
un découpage mieux adapté aux HSH est : 0 à 5 ; 5 à 15 ; 15 à 25 ; 25 et
plus. De telles modifications n’auront pas nécessairement d’incidence sur
le protocole de traitement. En revanche, les HSH que nous avons sollicités
par la suite ont ainsi pu constater que leur interlocuteur avait une bonne
connaissance de leurs modes de vie, de leur langage et de leurs pratiques
particulières ; en découle chez eux le sentiment d’être mieux considérés
voire mieux compris qu’auparavant, qui leur semble propice à l’acceptation
du traitement et de son suivi.
Ce type d’affinement des connaissances pourra servir par ailleurs à un
meilleur ciblage des messages préventifs et à faciliter les aides ou les
accompagnements proposés par des associations telles que Aides4. Outre la
collaboration des médecins avec des psychologues, celle des chercheurs avec
leurs publics cibles paraît ainsi cruciale dans la guerre contre le sida.
1. rapport Prévention et réduction des risques dans les groupes à haut risque vis-à-vis du VIH et des IST (Direction générale de la santé/Inserm, 2010), et les grandes enquêtes de l'ANRS
2. "La sexualité française questionnée" par William Dab
3. Quant à cette dernière stratégie, un traitement vient d’être approuvé par le Conseil national du sida et devrait bientôt être mis en œuvre dans de
nombreux pays africains.
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