Un quartier « éco », qu’es acò ?

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Depuis quelques années, ils fleurissent dans toutes les villes d’Europe, sur les derniers espaces urbains en friche. Avec pour mots d’ordre la lutte contre l’étalement urbain, la réduction de l’impact du bâti sur l’environnement, la promotion de la mixité sociale et de l’accès à la propriété, les écoquartiers semblent aujourd’hui incarner la solution pour construire une ville durable. « En réalité, derrière ces objectifs communs, des aménagements urbains sont conduits avec des pratiques et des conséquences très diverses, note le géographe Bernard Fritsch1. En effet, à ce jour, aucun référentiel de critères n’encadre la réalisation d’un écoquartier. »

Face à ce constat, en 2009, le ministère de l’écologie, du développement durable, des transports et du logement a sélectionné 28 projets « d’aménagement urbain durable » apparaissant comme exemplaires, dans le but de fixer les conditions d’obtention d’un futur label « écoquartier ». Celui de la Bottière-Chênaie2, à Nantes, compte aujourd’hui 600 logements habités sur les 2 000 prévus. Il est riche d’espaces extérieurs (terrasses, jardins, patios...) et propice à la mixité sociale (logements vendus à des prix libres ou inférieurs à ceux du marché, logements sociaux en location, logements-foyers pour personnes âgées ou handicapées, etc.). « La conception écologique de ce quartier repose largement sur la gestion de ses espaces verts et de l’eau, explique Jean-Marie Duluard, chargé de « l’opération Bottière-Chênaie » à Nantes Aménagement. Dans le parc de cinq hectares qui le traverse, des prairies fauchées seulement une fois par an ont remplacé les pelouses classiques ; un canal retient les eaux pluviales tandis que des éoliennes puisent l’eau de la nappe phréatique pour arroser les jardins... Nous avons également rétabli fin 2010 le ruisseau des Gohards, busé depuis les années 1950, autour duquel le quartier est aujourd’hui organisé. » Cette dernière action était fortement plébiscitée par les habitants, mais elle a eu des conséquences peu appréciées : « L’été dernier, des nuées d’éphémères 3 ont envahi certaines habitations. Nous avons alors commandé une étude scientifique afin de connaître les causes de cette invasion et tenter d’y remédier en modifiant notamment les implantations végétales ». Chaque aménagement nouveau peut ainsi réserver des surprises !

Selon Bernard Fritsch, « les retours d’expériences de tels projets manquent encore. Il convient d’évaluer plus avant les effets des choix d’aménagement des écoquartiers et leur cohérence environnementale et sociale avant d’en étendre les concepts à la ville entière ». Jean-Marie Duluard, quant à lui, espère que la définition d’un label « ne limitera pas trop les essais d’installations innovantes. Un écoquartier est avant tout un lieu où l’on expérimente la ville durable ! ».

Julie DANET

1. Professeur à l’Igarun, Institut de géographie et d’aménagement régional de l’Université de Nantes, chercheur au laboratoire ESO-Nantes, UMR Espaces et sociétés

2. Les quartiers de la Prairie-au-Duc, sur l’île de Nantes, et de la Zac (zone d’aménagement concertée) des Perrières, à La Chapelle-sur-Erdre, ont également été sélectionnés.

3. insectes dont la présence témoigne en général d’un faible niveau de pollution aquatique locale

La ville intime

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Paru en 19851, La Forme d’une ville est comme un cadeau fait par l’écrivain Julien Gracq à Nantes, la ville où il fut interne au lycée Clemenceau dans l’entredeux- guerres, où il enseigna l’histoire et la géographie pendant l’année scolaire 1935-1936, où il rencontra pour la première fois André Breton et qu’il revenait souvent arpenter en secret.

Le livre reproduit sur sa couverture un plan du centre-ville ; cependant il n’a rien d’un guide touristique. Il ne s’agit pas non plus de mémoires, ni d’un essai, ni d’un traité d’urbanisme, mais d’une rêverie intime où l’écrivain, mort en 2007, prête à Nantes « chair et vie selon la loi du désir plutôt que selon celle de l’objectivité ». La ville de Gracq, géographe de formation, est « difficile à cerner », « ni tout à fait terrienne, ni tout à fait maritime : ni chair, ni poisson – juste ce qu’il faut pour faire une sirène ». C’est une ville où flotte un « air de liberté, pareil à celui qui souffle dans une voile », que le carnaval d’alors mettait sens dessus dessous, la transformant en « fourmillante cité pleine de rêves ».

Sans doute l’ouvrage est-il aujourd’hui victime de son succès : il est devenu un réservoir de citations, un dictionnaire des idées reçues, alors que Nantes a beaucoup changé depuis l’enfance de l’auteur. Plutôt que d’ânonner tel ou tel passage, on pourrait retenir cette leçon de Gracq et s’en inspirer pour sonder les sources de son propre attachement à une ville : outre un lacis de places et de rues, un assemblage de bâtiments et même une communauté humaine, toute cité est un rêve plus vrai que la réalité. À chacun sa ville, en somme ; à chacun son errance au milieu de la foule des vivants et des morts, dans la forêt de pierres, de mots et de symboles qu’est Nantes, comme toutes les autres villes.

Thierry GUIDET, directeur de la revue Place publique

1. aux éditions José Corti

En complément...

• Place publique, n°8 « Julien Gracq et Nantes » (mars 2008)

• 303, n°93 « Julien Gracq » (hors-série, 2006)

Des toitures d’essai

Toiture expérimentale à Antibes © Olivier Damas / Plante & Cité

La végétalisation des toitures de bâtiment est encore rare (sa surface totale n’excédait guère 1 km2 en 2010, en France) mais elle se développe fortement. Parmi les intérêts qu’on lui prête, certains ne font pas de doute (isolation acoustique, rétention d’eau pluviale, plus-value paysagère...) ; d’autres, comme la régulation thermique et l’amélioration de la biodiversité en leur voisinage, sont à mieux cerner. La gamme des végétaux actuellement utilisés est très peu diversifiée, avec une grande majorité de plantes succulentes de la famille des Crassulaceae, telles que les Sedum. L’irrigation est souvent pratiquée, en particulier dans le tiers sud de la France, ce qui contrevient à l’exigence croissante d’économie d’eau et d’énergie.

Plante & Cité1 coordonne depuis 2008 un programme expérimental visant à mieux connaître les essences adaptées à une « végétalisation extensive » (avec un substrat dont l’épaisseur n’excède pas 20 cm) dans différentes régions climatiques. Il recourt à un double dispositif d’évaluation : un ensemble de quatre sites expérimentaux (Angers, Antibes, Lyon, Jouy-en-Josas) et un observatoire.

Le volet expérimental mobilise divers partenaires : professionnels du secteur ; établissements de recherche ou d’enseignement, et notamment des lycées agricoles. Selon un protocole commun aux sites, des essences sont testées chaque année, pendant deux ans, le suivi portant sur le végétal lui-même (croissance, recouvrement, floraison, profil racinaire...) et sur le climat (précipitations, température de l’air et du sol, vitesse du vent...) ; leur comportement est comparé à ceux de deux espèces témoins, Dianthus carthusianorum et Sedum sediforme, respectivement très sensible et très résistante à la sécheresse.

À ce jour, 95 essences ont été testées ou sont en cours d’évaluation. Les premiers résultats indiquent qu’une végétalisation des toitures sans irrigation est possible partout en France. Le tiers des 60 espèces complètement testées est bien adapté à cet usage, et la biodiversité végétale et animale à leur proximité est apparue en augmentation.

Quant à l’observatoire, créé début 2011 et ouvert aux professionnels volontaires, il collecte des données annuelles relatives aux comportements d’essences plantées ou spontanément présentes. Il permettra de réaliser dans quelques années une cartographie nationale et un bilan de l’implantation de végétaux en toitures.

Olivier DAMAS, chargé de mission « Agronomie, sols urbains et innovation végétale » à Plante & Cité (Angers)

En complément...

1- Site de "Plante et Cité"

Bonus végétaux

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Du pot de fleurs au parc paysager, la présence de végétaux plaît au citadin. Mais outre le maintien d’un « contact avec la nature », qu’en est-il, au juste, de leurs bienfaits, de leurs impacts économiques, de leurs capacités à modérer les effets néfastes de l’urbanisation sur notre milieu de vie et notre santé ?

À l’heure du développement durable, le professionnel du végétal et l’acteur du génie urbain ont besoin d’arguments scientifiques, or en la matière les connaissances sont encore peu abondantes, disparates ou incomplètes. « Afin de combler ces manques, nous avons inventorié et synthétisé les résultats d’études scientifiques, en majorité nordaméricaines et nord-européennes, de la perception des végétaux en milieu urbain et de leurs effets sur la qualité de vie et la santé, explique Camille Jouglet, chargée de mission à Plante & Cité1. Il ressort, à titre d’exemple, que les quartiers les plus végétalisés sont ceux où les actes de violence ou de dégradation sont les moins fréquents et où le sentiment d’appartenance au quartier est le plus fort. »

Ces travaux de synthèse encore en cours, qui portent en plus large partie sur des effets physiques, sont essentiels au projet de recherche VegDUD2 de l’IRSTV3, dont la responsable Marjorie Musy4 dresse les grandes lignes : « Nous développons des modèles permettant d’évaluer les effets de la végétalisation de la ville sur la circulation de l’air, l’infiltration des eaux de pluie, les ambiances sonores, la consommation d’énergie nécessaire au chauffage et à la climatisation des bâtiments... Ces modèles sont affinés grâce à des mesures physiques effectuées sur des sites nantais. Des enquêtes menées auprès de citadins permettront en outre de mieux cerner la perception des diverses formes de présence des végétaux. Par exemple, sur l’île de Nantes, la végétation spontanée du square Malbron a paru diversement appréciée par les riverains, qui souhaitent pourtant la présence d’une végétation 'naturelle'. Les tests de scénarios de végétalisation urbaine appuyés sur ces modèles permettront de disposer de connaissances utiles aux collectivités locales pour la conception de plans qui répondent à des exigences de durabilité incluant la satisfaction des habitants. » Mais même lorsque les scénarios sont fortement contraints, les options restent souvent nombreuses. « Notre inventaire va permettre de présélectionner des types de végétation ou des modes d’utilisation adaptés aux scénarios envisagés et de pallier l’impossibilité de lancer des études sur tous les fronts, indique Caroline Gutleben, autre chargée de mission à Plante & Cité. Ce devrait être notamment le cas pour le choix d’essences dont les caractéristiques et la gestion minimisent l’empreinte carbone 5 »

O.N.d.S.

1. centre technique national des professionnels des espaces verts (Angers)

2. pour « rôle du végétal dans le développement urbain durable »

3. Institut de recherche en sciences et techniques de la ville

4. ingénieur de recherche au Cerma, Centre de recherche méthodologique en architecture (École nationale supérieure d’architecture de Nantes/CNRS) et IRSTV

5. la quantité de CO2 rejetée pour gérer la présence du végétal

DOSSIER
Une ville habitable

 Brèves urbaines

par les auteurs des brèves

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