Des « produits bois » reformulés

Christophe BELLONCLE, enseignant-chercheur à l’École supérieure du bois (Nantes)

L’utilisation du bois dans le secteur BTP connaît un renouveau : le nombre de permis accordés pour la construction de bâtiments à ossature en bois augmente, notamment en Pays de la Loire où sont émis 9 % des permis individuels nationaux. De plus, comme cette utilisation est faiblement consommatrice d’énergie grise1 et permet le stockage de gaz à effet de serre tels que le CO2, la loi impose depuis 2005 le recours à un volume minimal de bois dans les nouveaux bâtiments, qui est fonction des dimensions de ces édifices.2

Cette utilisation n’est cependant pas exempte de problèmes liés à la préservation de l’environnement et à la santé. En la matière, la réglementation française impose notamment que les matériaux de construction respectent des limites d’émission de composés organiques volatils (COV), molécules carbonées de masse relativement faible, présentes initialement dans le matériau ou issues de sa dégradation, et qui diffusent aisément dans l’air.3 Comme d’autres matériaux, le bois laisse s’échapper des COV (en large partie responsables de son odeur agréable), dont une minorité est potentiellement dangereuse pour la santé humaine ; c’est le cas du formaldéhyde, présent naturellement dans le bois à très faible dose et surtout dans de nombreuses colles utilisées pour la réalisation de « produits bois » tels que les panneaux de particules. Les émissions de ces colles ont été largement réduites depuis leur création grâce à la diminution par un facteur 20 de leur teneur en formaldéhyde lors des trois dernières décennies.4

Notre équipe de recherche étudie les émissions de formaldéhyde des produits bois et des colles associées afin de les réduire davantage encore. L’une des méthodes de mesure employées, simple et précise, consiste à injecter dans de l’eau un échantillon d’air prélevé à la surface du matériau étudié. La quasi-totalité du formaldéhyde est alors piégée et dissoute dans l’eau. En présence d’un réactif chimique, l’eau se colore en jaune avec une intensité proportionnelle à la quantité de formaldéhyde dissout ; un système optique (spectrophotomètre) permet de mesurer cette teneur et d’en déduire le débit d’émission du matériau.

Dans le cadre d’un projet cofinancé par la Région Pays de la Loire et par des entreprises partenaires, nous avons contribué à la mise au point de nouvelles colles à base de produits agricoles (protéines céréalières, huiles végétales...) et dépourvues de formaldéhyde.5 Les débits d’émission obtenus avec ces colles sont très voisins de ceux du bois massif (cf. le tableau). Toutefois, celles-ci restent très chères et ne permettent pas encore de répondre à toutes les spécifications industrielles (de durabilité de la résistance mécanique des panneaux, notamment) ; elles ne peuvent donc pas encore être substituées totalement aux colles à base de formaldéhyde, qui sont devenues extrêmement performantes. Aussi la recherche de nouveaux matériaux liants, plus performants et moins coûteux, est-elle poursuivie.

1. total d’énergie dépensée pour l’élaboration, la mise en oeuvre et le recyclage des matériaux

2. Ce volume minimal a été doublé en 2010. Cf. Nouveau décret n° 2010-273 de mars 2010 : Un décret multiplie par 10 la quantité de bois imposée dans les logements

3. Cf. sur le site du Ministère de l'écologie, du développement durable, du transport et du logement

4. Cf.le site de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur à propos des limites dont cette teneur fait l’objet.

5. Il est cependant impossible de supprimer totalement les émissions de formaldéhyde car la dégradation naturelle de la plupart des produits organiques en libère.

DOSSIER
Une ville habitable

Précautions environnementales

Des prévisions en béton

Franck SCHOEFS et Emilio BASTIDAS-ARTEAGA, respectivement Professeur et Maître de conférences à l’Université de Nantes, chercheurs à l’UMR GeM, Institut de recherche en génie civil et mécanique (CNRS/Université de Nantes/ École centrale de Nantes)

Les villes, les routes et les ports comptent de nombreuses infrastructures en béton. Ces dernières sont dégradées par l’action de l’environnement, en particulier par les ions chlorure du milieu marin qui les pénètrent et déclenchent la corrosion de leurs armatures. Jusque récemment, la conception et la réhabilitation de ces structures étaient essentiellement fondées sur des études de faisabilité techniques et économiques ; elles intègrent désormais des objectifs de développement durable notamment via la réduction de leur impact environnemental.

Dans le cadre du projet Mareo1, nous étudions l’emploi de nouveaux matériaux pour reconstruire la couche protectrice des armatures. Il s’agit d’augmenter la durée après laquelle la concentration des ions chlorure atteint le seuil d’initiation de la corrosion, afin de diminuer la fréquence d’intervention (moins d’une fois tous les 30 ans, typiquement). Outre les qualités du béton (dont la résistance à la corrosion), notre évaluation prend en compte les consommations d’énergie et de matériaux, la production de déchets et les émissions de CO2 qui sont abondantes car il faut notamment extraire et remplacer l’ancien béton. Ces nouveaux critères environnementaux sont comparés selon la technique utilisée : coffrage (dispositif moulant), projection par voie humide (de l’eau est intégrée au béton avant la projection par de l’air comprimé) ou par voie sèche (l’eau est utilisée seulement pour réaliser la projection).

Le vieillissement du béton fait l’objet de modélisations et de simulations qui sont confrontées à des observations. Les modèles décrivent l’entrée des ions chlorure dans le béton et leurs effets, qui dépendent notamment de la température et de l’humidité. L’originalité de notre approche consiste dans une autre prise en compte, celle des incertitudes sur les propriétés du matériau, sur les facteurs environnementaux et sur les interventions elles-mêmes. Elle fournit ainsi, via des « espérances » d’émission de CO2 ou de coût global (comme on parle, par ailleurs, d’espérance de vie), un outil d’aide au choix de la technique de réhabilitation.

Les résultats de nos calculs indiquent que les espérances d’émission de CO2 relatives aux trois techniques diffèrent peu lors d’une seule phase de réparation d’une structure en béton maritime. En revanche, les projections sont les plus intéressantes sur une durée d’exploitation de 50 ans, et la projection sèche l’est tout particulièrement après 100 ans (cf. le schéma). Ces différences sont liées à la qualité du béton et à la quantité de déchets produits lors d’une phase de réparation ; il convient donc de prendre en compte ces aspects dans une gestion durable des ouvrages en béton armé.

1. projet national « Évaluation probabiliste de la dégradation et des stratégies de maintenance durables de structures en béton armé en environnement maritime » du pôle de compétitivité « Génie civil - Écoconstruction »)

Projection des émissions de CO2 © GeM et RC2C
En complément...

• Durabilité et dégradations des structures en génie civil, revue Essais et Simulations, n°107 (Association des sciences et techniques de l’environnement, 2011)

Des eaux moins souillées

Véronique RUBAN, chercheuse au département « Géotechnique, eau et risques » de l’Ifsttar-Nantes, Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux

En milieu urbain, les sources de polluants (métaux lourds, hydrocarbures issus de combustion, pesticides, etc.) sont nombreuses et souvent d’origine humaine : trafic automobile, chauffage, activités industrielles, traitements de surfaces... Les polluants émis dans l’air se déposent sur les surfaces, puis, quand celles-ci sont lessivées par les pluies, ils rejoignent le milieu naturel via les eaux de ruissellement. L’Observatoire nantais des environnements urbains (Onevu), mis en place en 2006 dans le cadre de l’IRSTV1, a pour objectif d’établir des bilans des flux d’eau, de polluants et de chaleur à l’échelle d’un bassin versant2. Une étude visant à connaître l’origine des polluants, fondée sur la caractérisation des dépôts et des eaux de ruissellement, est menée actuellement dans le quartier nantais du Pin-Sec, objet d’un suivi pluriannuel et dont le bassin versant couvre 30 hectares. À terme, les résultats pourraient permettre de réduire les pollutions par une sélection des matériaux et des pratiques d’entretien de surface les moins propices à ces transferts indésirables.

La mesure des dépôts atmosphériques est délicate. La méthode que nous avons développée repose sur l’utilisation du béryllium 7 (7Be). Ce radioélément naturellement présent dans l’atmosphère permet de « tracer » efficacement un grand nombre d’aérosols (petites particules en suspension dans l’air) car il se dépose de la même façon que ces aérosols et ses rayonnements le rendent relativement facile à quantifier. Les mesures sont intégrées sur un mois afin que les dépôts soit suffisants en quantité. La vitesse de dépôt est définie par Vd = -F/C, où F est le flux surfacique de dépôt sec des particules (nombre de particules déposées par m2 et par seconde ; par convention, la valeur de F est négative) et C (particules par m3) la concentration des particules de l’aérosol dans l’air à proximité de la surface. Connaissant la concentration en métaux des aérosols, on utilise Vd pour calculer les flux de dépôt moyens de ces métaux.

Notre dispositif expérimental comprend des capteurs d’air et un bâti sur lesquels sont fixés des échantillons (éprouvettes) de différents types de surfaces urbaines (tuile, enduit de façade, verre...) ; un flux de dépôt est évalué pour chacun de ces types. En effet, il a été démontré que le dépôt dépend fortement de la nature de la surface et de la turbulence de l’air : à conditions égales, un aérosol se dépose 10 fois plus vite sur de l’herbe ou du bitume que sur du verre. À partir de nos résultats expérimentaux, nous pouvons calculer les flux de polluants au sein du bassin versant : un recensement des surfaces présentes dans le quartier du Pin-Sec est en cours ; une fois celui-ci achevé, les flux de dépôt, évalués grâce à nos éprouvettes et à des mesures de concentration dans l’air effectuées in situ, seront multipliés par les aires des surfaces recensées. Enfin, le bassin versant du Pin-Sec est équipé d’un réseau d’assainissement séparatif (les eaux usées et les eaux pluviales sont collectées dans des tuyaux séparés) ; en comparant les flux de dépôt et les flux de polluants mesurés3 au niveau de l’exutoire des eaux pluviales, il deviendra possible de connaître la contribution de l’atmosphère à la pollution globale du bassin versant.

1. Institut de recherche en sciences et techniques de la ville

2. territoire sur lequel les eaux de pluie convergent en un seul lieu (exutoire)

3. en collaboration avec l’IRSN, Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire

Dispositif de mesure de dépôts d’aérosols à l’Ifsttar-Nantes et Capteur d’air dans le quartier du Pin-Sec ©IRSN et Ifsttar
En complément...

• Mel de Véronique Ruban : veronique.ruban@ifsttar.fr

• Le secteur atelier pluridisciplinaire (SAP), un observatoire de l’environnement urbain – présentation des premiers résultats du suivi hydrologique et microclimatique du bassin du pin sec (Nantes), V. Ruban et alii, revue BLPC, n°277 (juil-sept. 2010)

• Quantification des sources de polluants dans un bassin versant séparatif à Nantes: des retombées atmosphériques jusqu'au réseau d'assainissement, K. Lamprea, V. Ruban et D. Deneele, revue TSM, n°7 (2009)

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