DOSSIER
Intrigants virus

Biologie de l'évolution

Fragments de vie

Après s'être révélés comme des acteurs majeurs des maladies infectieuses, les virus sont entrés au coeur des questions sur l'évolution du vivant.
par Stéphane Tirard, Maître de conférences, directeur du Centre François Viète d'épistémologie et d'histoire des sciences et des techniques (Université de Nantes). www.sciences.univ-nantes.fr/cfv
© Jacques Clavreul, http://jacques.clavreul.free.fr

Du concept à la réalité

L e concept de virus n'est apparu dans la médecine et dans les sciences de la vie q'à la fin du XIXe siècle. Sa jeune histoire est pourtant riche d'importantes transformations. Dans les années 1880, lorsque Louis Pasteur et ses contemporains fondent les principesde la biologie des micro-organismes (la microbiologie), les virus sont d'hypothétiques particules invisibles au microscope, uniquement caractérisées par leur nature infectieuse. Leur insensibilité aux antibiotiques, lesquels vont révolutionner le traitement des maladies infectieuses à partir des années 1940, confirme leur singularité parmi les objets biologiques. La barrière d'invisibilité qui les rend si mystérieux est ébréchée en 1935, quand le chimiste américain Wendell M. Stanley dévoile la silhouette du virus de la mosaïque du tabac par la technique de diffraction des rayons X. Elle est complètement levée en 1941 grâce aux premières images de microscopie électronique. Dès lors, le statut des virus change aux yeux des biologistes. Les bactériophages, virus qui parasitent des bactéries, deviennent un matériel essentiel dans le développement de la biologie moléculaire. Ils permettent notamment d'élucider des problèmes centraux comme celui de la nature chimique des gènes.

Les virus sont-ils vivants ?

Les virus sont aujourd'hui au coeur des débats sur la définition de la vie. Leur incapacité à se multiplier de façon autonome, sans parasiter une cellule, les exclut de l'ensemble des entités dites vivantes ; pourtant, leurs nombreuses et incessantes interactions avec les autres organismes les rendent indissociables du monde vivant. Ce sont là les termes d'une vaste discussion philosophique dont la difficulté est accentuée par le rôle des virus dans l'évolution : comme les bactéries (des organismes considérés comme vivants), ils peuvent perturber les fonctions vitales des individus qu'ils infectent jusqu'à provoquer leur mort ; par les mutations de leur propre matériel génétique et par les conséquences qu'ont ces mutations sur la survie de leurs hôtes, ils sont eux-mêmes objets et agents de lasélection naturelle ; enfin, en insérant leurs gènes dans ceux de leurs hôtes, ils peuvent propager, plus ou moins rapidement, de nouveaux gènes parfois bénéfiques au sein des espèces vivantes. La réflexion actuelle sur la place des virus dans l'évolution est également motivée par le constat du nombre faramineux de particules virales présentes dans la biosphère et de leur très grande diversité. Par exemple, en 1992, la découverte du Mimivirus, un virus plus grand que certaines bactéries, vient rompre le dogme de la petitesse obligatoire des virus. Au-delà de leur importance dans le domaine médical, les virus sont devenus des objets d'études centraux dans les champs fondamentaux de la biologie. La problématique de leur place dans l'arbre de l'évolution des espèces s'avère passionnante et potentiellement riche de conséquences. En particulier, il ne s'agit pas seulement de déterminer le moment (sûrement très précoce) de leur apparition mais peut-être aussi, comme le suggère Patrick Forterre, directeur du Département de microbiologie de l'Institut Pasteur de Paris, de révéler leur rôle dans l'apparition de l'ADN

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