Virus et bonnes moeurs

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Bien qu’elles ne datent pas d’hier, les actions de l’Homme sur la nature sont très stigmatisées aujourd’hui, notamment en ce qui concerne les risques d’épidémie : de nombreuses publications soulignent l’impact probable des déforestations et du réchauffement climatique sur l’émergence de nouvelles maladies virales (voir rubrique "Virus et parasites") ; le développement d’élevages intensifs de volailles est décrié parce qu’il augmente les risques d’apparition d’une pandémie de grippe qui pourrait faire des millions de morts et déstabiliser l’économie mondiale. Notons cependant qu’à chaque époque, l’incontrôlable dangerosité des virus, entre autres agents pathogènes, a été utilisée par certaines doctrines moralisatrices. Par exemple, quand l’épidémie de Sida est apparue dans les années 1980, l’opprobre jeté sur les moeurs homosexuelles comme principales responsables des ravages du virus VIH ne fut pas anodin ; d’autres maladies sexuellement transmissibles telles que la syphilis étaient jadis considérées comme les conséquences d’un péché, comme les signes d’une aliénation de l’âme ou d’un courroux divin. Heureusement, tous les discours sur les épidémies ne jouent pas avec nos peurs, certains préférant mettre en avant la solidarité comme autre arme contre les virus. Par exemple, Luc Montagnier souligne à propos du Sida dont il a découvert le virus : « aucune maladie, à l’époque contemporaine, ne nous a autant incités à nous interroger sur notre identité, nos valeurs, notre sens de la tolérance et de la responsabilité »

En complément...

• Les virus émergents, J. F. Saluzzo, P. Vidal, J. P. Gonzalez, IRD éditions, 2007

• Des virus et des hommes, L. Montagnier, Odile Jacob, 1994

• Fléaux et société, F. Hildesheimer, Hachette, 1993

La confusion des microbes

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Il suffit d’avoir un gros rhume et de se sentir flapi pour dire « Je suis grippé ! », sans pour autant être victime du virus Influenza (de l’italien influenza di freddo, l’influence du froid, le mot grippe provenant sans doute, quant à lui, de grippen : saisir, en allemand). En matière de microbes, qui désignent tous les organismes invisibles à l’oeil nu (virus, bactéries, archées, protozoaires, levures…), la confusion des genres est tenace et conduit à abuser d’antibiotiques pourtant inefficaces contre les maladies virales. Les prions, en revanche, ne sont pas des microbes : ces protéines sont dépourvues de matériel génétique. Ils se sont faits connaître quand leur fut attribuée l’origine de l’encéphalite bovine spongiforme, maladie dite de la vache folle. De compositions chimiques quasi identiques à celles de protéines normalement présentes dans l’organisme, leurs dégâts sur les tissus cérébraux semblent être dus à leur configuration tridimensionnelle particulière. récente et on ne sait toujours pas bien comment ils infectent un organisme. En tout cas, ils n’apparaissent pas les croyait couramment avant le XXe siècle, mais il reste à n’est qu’anecdotique dans l’évolution des espèces

En complément...

Dossiers sur différentes maladies virales (variole, herpès, zona...)

• Qu’est-ce qu’un prion ?, C.-I. Lasmézas, Le Pommier, 2005

T'es-tu lavé les mains ?

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Les virus sont partout, à l'intérieur et hors des organismes, en grandes quantités. On estime à 1031 le nombre de particules virales différentes sur Terre. La moitié des infections humaines a une origine virale mais on ne devient pas malade dès lors qu'on a attrapé un virus, contrairement aux ordinateurs qu'une seule intrusion virale peut bloquer. En général, une infection pose problème à un être vivant quand de nombreuses particules virales parviennent à se multiplier dans ses cellules avant que son système immunitaire ait pu contrecarrer cette multiplication. Il se dit que Pasteur rechignait à serrer la main, par crainte d'être contaminé. Des résultats d'enquêtes suggèrent qu'à peu près une personne sur deux ne se lave pas les mains en sortant des toilettes ou après avoir éternué. La plupart des microbes, virus compris, sont inoffensifs pour l'Homme mais quelques efforts pourraient facilement diminuer l'ampleur de certaines épidémies, en particulier celles des gastro-entérites hivernales.

Pasteur et le lavage des mains

« ''Le lavage des mains était fait selon un rite. Dans un coin du laboratoire, il y avait un évier profond au dessus duquel était fixé un robinet pour l’amenée de l’eau, un porte-savon se trouvait à droite. Pasteur m’avait appris à me savonner longuement les mains, puis à laver le savon à grande eau avant de le remettre à sa place, afin qu’il soit toujours trouvé propre par celui qui aurait à s’en servir. Ce lavage de mains se répétait constamment dans la journée. J’en avais pris une telle habitude que, chez moi, ma mère me disait, en me voyant faire cette opération, que c’était une forme de neurasthénie. J’ai conservé cette habitude toute ma vie. Pasteur avait la phobie de la poignée de main, et c’est probablement ce qui le faisait trouver hautain. Il ne tendait jamais la main. Lorsque par hasard il avait reçu la visite d’un étranger au laboratoire, particulièrement quand c’était un médecin, s’il n’avait pu se soustraire à ce geste consacré de politesse, il me faisait un léger signe que je connaissais bien, en me désignant de la tête le lavabo dont j’allais ouvrir le robinet… Vu ses principes, il avait, comme on le voit, la poignée de main avare, peut-être même est-ce pour cela (…) que, en 1976, il essuya un échec en se présentant au Sénat dans le Jura.'' » Témoignage d’Adrien Loir, neveu et préparateur de Pasteur (A l’ombre de Pasteur, 1938), cité par Daniel Raichvarg, Louis Pasteur, L’empire des microbes, Découvertes Gallimard n°235, pp 118-119

En complément...

• Les virus, ennemis utiles, Pour la science, avril 2007

• Un exposé sur le lavage des mains au format Word et une présentation du lavage des mains au format powerpoint par des étudiants de l'IFSI de la Croix-Rouge de Limoges.



• Louis Pasteur, L'empire des microbes, D. Raichvarg, Découvertes Gallimard, 1995

Dossiers Parents, évitez de transmettre vos virus à vos enfants

Le lavage des mains, une arme fatale contre les épidémies virales saisonnières

par Virginie Ferré, Laboratoire de virologie du CHU de Nantes et expert auprès de l'Afssa.

Les épidémies virales saisonnières sont constituées de deux grands types de pathologies : les infections respiratoires (rhume, bronchiolites, grippe…) et les gastro-entérites. Dans les deux cas la transmission est exclusivement inter-humaine, elle est très rapide et la période épidémique s'échelonne environ sur six semaines. Plusieurs instituts nationaux surveillent l'apparition de ces épidémies pour en prévenir l'impact sur les populations les plus fragiles (jeunes enfants personnes âgées, immunodéprimés…). L'InVS, Institut national de veille sanitaire, suit toutes les maladies « à déclaration obligatoire » et fait un relevé des foyers épidémiques, c'est-à-dire lorsqu'un nombre élevé de cas de pathologies identiques sont décelés par des médecins généralistes. La population réclame de plus en plus de protection et d'information contre ses épisodes épidémiques mais elle est rarement consciente qu'elle est elle-même le principal moteur du phénomène. En effet, la transmission de ces pathogènes se fait par voie respiratoire par les gouttelettes dites de Pflügue lors des éternuements (d'où l'intérêt de protéger les autres des projections en mettant sa main ou un mouchoir devant sa bouche) et par voie manuelle. L'impact des épidémies, notamment des gastro-entérites, pourrait être considérablement diminué si la population prenait conscience que le lavage des mains est essentiel pour rompre la chaîne de transmission. En effet, un lavage soigneux des mains (y compris des ongles) lors du passage aux toilettes, du change des jeunes enfants et de la préparation des aliments, éviterait le dépôt de ces virus sur les surfaces et diminuerait spectaculairement la transmission virale.

DOSSIER
Intrigants virus

 Brèves virales

par Olivier Néron De Surgy

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