Un serial killer de lapins

© Jacques Clavreul, http://jacques.clavreul.free.fr
Jacques Le Pendu

En 1984, une nouvelle virose a commencé à dévaster les élevages de lapins en chine. Elle s’est propagée en Europe et a touché la France en 1987. L’agent responsable a été rapidement identifié. Il s’agit du RHdV ( Rabbit Hemorragic disease Virus), un calicivirus qui cause une maladie foudroyante avec un taux de mortalité pouvant avoisiner 100%.

Le lapin de garenne est une espèce originaire de la péninsule ibérique qui a traversé la barrière des Pyrénées par l’intervention de l’Homme. au XIXe siècle, quelques couples de lapins ont été implantés en australie où ils se sont tant multipliés qu’ils ont causé des dégâts considérables, aussi bien sur l’agriculture que sur la flore et la faune sauvages.

En 1995, le virus y a été volontairement introduit pour tenter d’éradiquer les lapins. Le résultat ne s’est pas fait attendre : les lapins sont morts par millions en quelques mois et des espèces de plantes qu’on croyait éteintes ont réapparu après quelques années.

En Europe, le virus provoque de grandes pertes chez les lapins sauvages. Pour des raisons encore inconnues, elles sont particulièrement fortes dans les régions sèches comme le sud de la France et la péninsule ibérique. à l’inverse de ce qui s’est passé en australie, la diminution considérable du nombre de lapins dans ces régions menace certains de leurs prédateurs comme le lynx pardelle, l’aigle ibérique et l’aigle de Bonelli

En complément...

Extrait de la thèse de Pascale Joubert (INRA Tours) sur le sujet.

DOSSIER
Intrigants virus

Virus et évolution

Hasard et stratagèmes

ou comment sont liées l'évolution des espèces animales et celle des virus
Jacques Le Pendu, directeur de recherche au Département de recherche en cancérologie et directeur de l’IFR 26 (Inserm, CNRS, CHU, université de Nantes). www.U601.nantes.inserm.fr
Fixation de norovirus à la surface de l’intestin. Le virus est détecté à l’aide d’anticorps qui permettent de le visualiser par une coloration rouge chez un individu sensible (à droite). Chez un individu génétiquement résistant (à gauche), le virus ne se fixe pas à cause de l’absence de récepteur. ©INSERM

La sélection naturelle est très influencée par les virus et par les bactéries : la survie d’une lignée d’individus dépend en bonne partie de la capacité d’adaptation de son système immunitaire. En retour, les mécanismes de résistance contraignent les virus à s’adapter continuellement pour continuer d’infecter leurs cibles afin de se reproduire. Il existe ainsi une coévolution des virus et de leurs hôtes dans laquelle la virulence des uns ou la résistance des autres est parfois assez forte pour éliminer l’un des deux protagonistes.

Notre équipe s’intéresse particulièrement aux relations entre l’espèce humaine et les norovirus. Ces virus nus, de la famille des Calicivirus, sont responsables d’épidémies de gastro-entérite fréquentes en hiver. Ils sont très résistants, ils infectent très rapidement leur hôte mais ils sont rarement mortels. Leur diversité et leur variabilité empêchent la mise au point d’un vaccin efficace. Les récepteurs sur lesquels ils se fixent pour nous infecter sont des sucres complexes situés à la surface de notre tube digestif. Ces sucres ne sont pas identiques chez tous les humains : trois gènes, dont celui qui détermine le groupe sanguin A, B ou O, sont responsables de ces différences. Chaque lignée ou souche virale n’en reconnaît qu’une forme particulière. Lors d’une épidémie, seuls les individus reconnus sont infectés mais ceux qui ont été épargnés peuvent toutefois être infectés ultérieurement par une autre souche virale. En conséquence, nos différences génétiques diminuent le nombre de sujets qu’une souche donnée peut infecter et il est probable que, pour survivre, chaque souche a dû évoluer vers une moindre virulence (dont les effets sont moins pathogènes) pour ne pas épuiser son stock de victimes potentielles. Cette évolution est le fruit de la variabilité et du hasard mais il s’avère pratique de la décrire comme une stratégie d’adaptation.

Du côté de l’Homme, la pression de sélection imposée par ces virus a probablement contribué à maintenir la diversité des trois gènes responsables de la fabrication des récepteurs concernés. Ainsi les souches virales continuent-elles de se propager et nous survivons aux gastro-entérites dont elles sont la cause. Cet équilibre demeure toutefois précaire et rien n’interdit de penser que des souches de norovirus très virulentes apparaîtront un jour ou l’autre

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