Éduquer n’étant pas toujours synonyme d’intéresser, certains enseignants prennent des initiatives parallèles à leurs cours. Avec ses collègues, Marielle Cros, professeur de biologie au Lycée Chevrollier d’Angers, participe par exemple à l’organisation d’ateliers scientifiques. « À l’occasion de la Fête de la science, nous avons programmé un Lycée des sciences sur le thème ‘‘Sciences et santé’’. Lycéens, chercheurs, étudiants et enseignants ont réalisé ensemble des animations dont ont aussi profité les élèves d’un collège et d’une école primaire voisins. Une journée ‘‘Lycéens sur le campus’’ permet à des élèves de 1ère S de prendre part à des travaux pratiques d’étudiants à l’Université d’Angers. Des déjeuners avec des chercheurs ont lieu deux à trois fois par an, autour de thèmes comme les OGM, la génétique, les énergies… Tous les élèves peuvent y participer ; ceux des filières littéraires posent souvent des questions pertinentes. » On ne connaît pas bien l’impact de ces actions sur l’orientation des lycéens mais il importe à Marielle Cros de les convaincre que la pratique des sciences peut procurer du plaisir. « La science leur paraît difficile mais les étudiants et les chercheurs leur montrent qu’ils peuvent en faire leur métier. Nos ateliers les rendent plus réceptifs à certains cours. Nous y abordons des questions délicates en mettant en avant les avancées scientifiques. Par exemple, les OGM ont mauvaise presse ? Un chercheur rappelle qu’ils permettent de mettre au point de nouveaux médicaments. Cela ajoute du sens à notre enseignement et c’est déjà beaucoup »
© www.ohazar.comLes Rencontres Jules Verne, organisées les 24 et 25 janvier 2008 par l’IUFM (1) des Pays de la Loire, le Cnam (2) et l’école centrale de Nantes, ouvrent un débat entre spécialistes d’horizons divers sur le thème « Le partage du savoir : réalités et utopies ». « La science souffre d’incompréhension de la part du public. Il faut mieux la vulgariser. Il faut aussi que les scientifiques soient plus réceptifs aux interrogations des citoyens », note Michel Fabre, directeur du Cren (3) à l’Université de Nantes et co-organisateur des Rencontres avec Philippe Mustière, Professeur à l’école centrale. Jules Verne avait lutté contre l’image d’une science menaçante en son temps où l’on dénonçait déjà les « dégâts du progrès ». Aujourd’hui plus que jamais, une question préoccupe les enseignants, les chercheurs et les politiques qui déplorent, en France comme en Europe, la désaffection des filières scientifiques : comment intéresser davantage à la science et la dégager des fantasmes qui la travestissent ? Diffuser avec transparence des informations correctes et mieux replacées dans leur contexte ne suffit sans doute pas à éviter les espoirs et les craintes infondés. « Les chercheurs ont besoin de mettre des mots sur les mythes qui entourent les sciences et sur les peurs qu’elles suscitent. Les sciences humaines peuvent les y aider à condition de bien cerner les difficultés qu’ils rencontrent », poursuit Michel Fabre. La sociologie, par exemple, peut éclairer la manière dont le public s’empare d’un message, en altère les concepts ou le sens, confond les connaissances scientifiques et leurs applications technologiques...
En matière de culture scientifique, le rôle des enseignants est crucial et ne s’improvise pas. L’éducation scientifique d’une classe de primaire peut relever du casse-tête pour un professeur des écoles issu d’une filière littéraire et peu familier des sciences. Rien de tel qu’un scientifique pour l’aider, estime le Comité national Astep (4) qui tient colloque à l’école des mines de Nantes les 5 et 6 décembre 2007. Dans la lignée de La Main à la Pâte, l’Astep propose aux enseignants une collaboration temporaire avec un scientifique volontaire qui peut être un grand ponte ou un étudiant ; peu importe, tant que le duo fonctionne ! Pour Philippe Gauthier, chef de projet du colloque, « il n’y a d’âge ni pour aborder les sciences ni pour appréhender les phénomènes qu’on ne comprend pas. Formuler des hypothèses puis les confronter à la réalité par le jeu des observations et des expériences est naturel chez les enfants. On peut les y encourager très tôt. » C’est donc la démarche scientifique qu’il s’agit de promouvoir avant tout, avec le soutien des scientifiques. Soucieux de partager sur ce thème, l’Astep prépare actuellement, à l’intention des enseignants et des chercheurs, un guide d’accompagnement scientifique et technologique dans les écoles
(1) Institut universitaire de formation des maîtres (2) Conservatoire national des arts et métiers (3) Centre de recherche sur l’éducation de Nantes (4)Accompagnement en science et technologie à l’école primaire
• Colloque national «L'élève, le maître et le scientifique : science et technologie en partage»
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