Le projet (désormais national et porté par le Musée des arts et
métiers) de sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel
contemporain de la science, de la technique et de l’industrie,
a déjà capitalisé plusieurs milliers de fiches d’inventaires et de
photographies d’instruments consultables sur Internet, outre
de nombreux documents multimédias d’intérêt pédagogique :
interviews, animations relatives au fonctionnement d’instruments
ou à des principes scientifiques, glossaires, etc.
Quatorze régions françaises participent aujourd’hui à la sauvegarde d’instruments ainsi qu’à l’alimentation permanente de ce musée virtuel et de ses ressources numériques associées. Cette réalisation, comme d’autres systèmes d’archivage et d’exposition virtuels actuellement en plein essor, pourrait présenter l’inconvénient de laisser une distance importante entre le visiteur et les objets réels, d’où une « mémoire scientifique et technique » peut-être moins fortement présente à l’esprit que par le biais de visites de musées classiques. En revanche, l’emploi des technologies web, parce qu’elles offrent un accès facile et permanent ainsi que des outils de recherche ou de création de supports pédagogiques, est un atout sans précédent pour une transmission culturelle de qualité et riche d’exemples.
©Université de Nantes/Mission PatrimoineL’attrait pour les oeuvres d’art, les vestiges
de la Rome antique, les curiosités et les
instruments se développe dès la Renaissance
dans toute l’Europe. Un peu plus tard se
multiplient les « cabinets de curiosités » qui
servent à exposer des spécimens de sciences
naturelles ou d’ethnologie, souvent rapportés
d’expéditions sur d’autres continents.
Au XVIIe siècle, la soif de connaissance,
d’esthétique et de possession d’objets précieux
n’est plus réservée aux seuls monarques,
princes et hauts dignitaires de l’église.
Les collections sont non seulement une source
de prestige et un moyen d’échange mais aussi
un facteur de reconnaissance sociale. Sous la
Révolution naît le musée moderne, avec des
attributions de conservation, d’enseignement
et de recherche. Les musées publics ont pour
mission de conserver le patrimoine national et
de le rendre accessible à tous les citoyens.
Dans la seconde moitié du XIXe, les
expositions universelles témoignent
des progrès technologiques liés à la
révolution industrielle. Les objets réunis
sont à l’origine de collections des grands
musées d’art et d’industrie qui se sont
transformés ultérieurement en musées
des sciences et des techniques.
Les traces matérielles ainsi accumulées
constituent et jalonnent une part
importante de notre culture. Leur
transmission de génération en
génération leur confère une
fonction mémorielle. Toutefois,
la sélection de ces objets donne
inéluctablement une image
réductrice des temps révolus.
Celle des objets techniques est
fondée sur leurs usages ; elle résulte
également des choix des amateurs et
des spécialistes des musées, qui ont
employé des critères propres à chaque période.
Ces critères sont devenus plus pragmatiques,
scientifiques et historiques qu’esthétiques.
Pas de mémoire sans sauvegarde
En effet, après 1950, l’évolution des sciences et des technologies s’est accélérée. De nombreux chercheurs ayant participé à la production d’instruments scientifiques dans les années 60 quittent actuellement la vie professionnelle et ces instruments disparaissent avec eux. Afin de ne pas priver les générations futures de traces suffisantes pour connaître et comprendre les avancées récentes, il était urgent d’entreprendre une action de sauvegarde, non seulement d’objets et de documents mais aussi de témoignages de scientifiques, notamment parce que les instruments ou les savoir-faire sont souvent trop complexes pour être compréhensibles sans un commentaire averti et détaillé. Tel a été l’objectif de la mission régionale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain lancée par l’Université de Nantes en 1999. Pour faire des choix pertinents parmi tous les instruments repérés dans les laboratoires, nous avons adopté des critères scientifiques (la capacité d’expérimentation de l’instrument), techniques (son caractère innovant) et historiques (son rôle dans une découverte notoire). Pour accompagner la sauvegarde des objets sélectionnés, nous avons photographié ces derniers et conçu une base de données multimédia sur Internet qui permet, outre un stockage d’informations extensif, de diversifier les moyens de transmission des connaissances. Avec un tel outil et la participation des producteurs de ces connaissances, le patrimoine ainsi généré est virtuel mais vivant, car actuel, interactif et en construction permanente
• Ballé C., Poulot P., Musées en Europe. Une mutation inachevée, (La documentation Française, Paris, 2004)
• Cuenca C., Thomas Y. Le patrimoine scientifique et technique contemporain ; un programme de sauvegarde en Pays de la Loire, (L’Harmattan, Paris, 2005 ; collectif, recueil : Catherine Ballé)
• Le Musée à l’ère de l’Internet - Mériam Ben Sassi, mémoire de Master 1
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