Les atouts web et multimédia

Le projet (désormais national et porté par le Musée des arts et métiers) de sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel contemporain de la science, de la technique et de l’industrie, a déjà capitalisé plusieurs milliers de fiches d’inventaires et de photographies d’instruments consultables sur Internet, outre de nombreux documents multimédias d’intérêt pédagogique : interviews, animations relatives au fonctionnement d’instruments ou à des principes scientifiques, glossaires, etc.

Quatorze régions françaises participent aujourd’hui à la sauvegarde d’instruments ainsi qu’à l’alimentation permanente de ce musée virtuel et de ses ressources numériques associées. Cette réalisation, comme d’autres systèmes d’archivage et d’exposition virtuels actuellement en plein essor, pourrait présenter l’inconvénient de laisser une distance importante entre le visiteur et les objets réels, d’où une « mémoire scientifique et technique » peut-être moins fortement présente à l’esprit que par le biais de visites de musées classiques. En revanche, l’emploi des technologies web, parce qu’elles offrent un accès facile et permanent ainsi que des outils de recherche ou de création de supports pédagogiques, est un atout sans précédent pour une transmission culturelle de qualité et riche d’exemples.

DOSSIER
Flous de mémoire

Conservation, patrimoine et ressources numérisées

Des collections vivantes

par Catherine Cuenca, Conservateur en chef, Mission régionale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain (Université de Nantes/Musée du Conservatoire national des arts et métiers, Paris)
©Université de Nantes/Mission Patrimoine

L’attrait pour les oeuvres d’art, les vestiges de la Rome antique, les curiosités et les instruments se développe dès la Renaissance dans toute l’Europe. Un peu plus tard se multiplient les « cabinets de curiosités » qui servent à exposer des spécimens de sciences naturelles ou d’ethnologie, souvent rapportés d’expéditions sur d’autres continents. Au XVIIe siècle, la soif de connaissance, d’esthétique et de possession d’objets précieux n’est plus réservée aux seuls monarques, princes et hauts dignitaires de l’église. Les collections sont non seulement une source de prestige et un moyen d’échange mais aussi un facteur de reconnaissance sociale. Sous la Révolution naît le musée moderne, avec des attributions de conservation, d’enseignement et de recherche. Les musées publics ont pour mission de conserver le patrimoine national et de le rendre accessible à tous les citoyens.

Dans la seconde moitié du XIXe, les expositions universelles témoignent des progrès technologiques liés à la révolution industrielle. Les objets réunis sont à l’origine de collections des grands musées d’art et d’industrie qui se sont transformés ultérieurement en musées des sciences et des techniques. Les traces matérielles ainsi accumulées constituent et jalonnent une part importante de notre culture. Leur transmission de génération en génération leur confère une fonction mémorielle. Toutefois, la sélection de ces objets donne inéluctablement une image réductrice des temps révolus. Celle des objets techniques est fondée sur leurs usages ; elle résulte également des choix des amateurs et des spécialistes des musées, qui ont employé des critères propres à chaque période. Ces critères sont devenus plus pragmatiques, scientifiques et historiques qu’esthétiques.

Pas de mémoire sans sauvegarde

En effet, après 1950, l’évolution des sciences et des technologies s’est accélérée. De nombreux chercheurs ayant participé à la production d’instruments scientifiques dans les années 60 quittent actuellement la vie professionnelle et ces instruments disparaissent avec eux. Afin de ne pas priver les générations futures de traces suffisantes pour connaître et comprendre les avancées récentes, il était urgent d’entreprendre une action de sauvegarde, non seulement d’objets et de documents mais aussi de témoignages de scientifiques, notamment parce que les instruments ou les savoir-faire sont souvent trop complexes pour être compréhensibles sans un commentaire averti et détaillé. Tel a été l’objectif de la mission régionale de sauvegarde du patrimoine scientifique et technique contemporain lancée par l’Université de Nantes en 1999. Pour faire des choix pertinents parmi tous les instruments repérés dans les laboratoires, nous avons adopté des critères scientifiques (la capacité d’expérimentation de l’instrument), techniques (son caractère innovant) et historiques (son rôle dans une découverte notoire). Pour accompagner la sauvegarde des objets sélectionnés, nous avons photographié ces derniers et conçu une base de données multimédia sur Internet qui permet, outre un stockage d’informations extensif, de diversifier les moyens de transmission des connaissances. Avec un tel outil et la participation des producteurs de ces connaissances, le patrimoine ainsi généré est virtuel mais vivant, car actuel, interactif et en construction permanente

En complément...

• Ballé C., Poulot P., Musées en Europe. Une mutation inachevée, (La documentation Française, Paris, 2004)

• Cuenca C., Thomas Y. Le patrimoine scientifique et technique contemporain ; un programme de sauvegarde en Pays de la Loire, (L’Harmattan, Paris, 2005 ; collectif, recueil : Catherine Ballé)

Le Musée à l’ère de l’Internet - Mériam Ben Sassi, mémoire de Master 1

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