Le flux de particules électriquement chargées (ici notées PEC) émises par le Soleil, nommé vent solaire, rend dissymétrique le champ magnétique terrestre. Le plus souvent, les PEC « ricochent » sur la magnétosphère, région où le champ terrestre a une influence dominante sur la dynamique des PEC, mais lors des éruptions solaires, le vent solaire s’intensifie et la magnétosphère se rétrécit ; certaines PEC sont alors piégées dans la ceinture de Van Allen externe et y circulent jusqu’à interagir avec l’atmosphère. Ces éruptions augmentent soudainement la quantité d’électrons des atomes atmosphériques ainsi excités aux voisinages des cercles polaires, donnant lieu aux aurores australes (au sud) et boréales (au nord). Les PEC de la ceinture interne proviennent de l’interaction de rayons cosmiques avec l’atmosphère.
Premier février 1958. Les états-Unis
lancent leur premier satellite, Explorer 1, à
bord duquel une équipe de l’Université d’Iowa,
dirigée par James A. Van Allen, a installé
un détecteur de particules. Vers 2 000 km
d’altitude, le détecteur sature subitement.
Quelques semaines plus tard, les mesures
transmises par Explorer 3 confirment la
découverte : la Terre est entourée d’une région
dense en particules électriquement chargées
(protons et électrons), bientôt nommée
« ceinture de Van Allen ».
La magnétosphère révisée
Le champ magnétique terrestre trouve
son origine au centre de la Terre. Le noyau
métallique liquide est en effet le siège de
mouvements turbulents qui, un peu à la manière
d’une dynamo géante, induisent les courants
électriques responsables du champ magnétique.
Ce dernier est comparable à celui d’un barreau
aimanté à peu près aligné sur l’axe de rotation.
Jusqu’en 1958, on pensait que le champ en
question constituait une sorte de coquille
imperméable aux particules chargées émises
par le Soleil. La découverte de Van Allen
modifie cette vision : la magnétosphère (voir
le schéma et sa légende ci-dessus) ne dévie pas toutes
les particules chargées qui se dirigent vers
la Terre, elle en capture parfois, au moins
temporairement. Les particules piégées vont
et viennent durablement du voisinage d’un
pôle terrestre à l’autre, en ondulant le long
des lignes du champ magnétique, jusqu’à
ce qu’elles interagissent avec les atomes
de la haute atmosphère terrestre. Il arrive
alors qu’elles provoquent des phénomènes
lumineux : les aurores polaires.
L’existence d’une telle structure avait pourtant
été pressentie dès les années 1900. Les
physiciens norvégiens Kristian Birkeland et
Fredrik Carl Størmer ont alors montré que le
champ magnétique terrestre peut piéger des
particules chargées, comme le fait le champ
d’un barreau aimanté. Ce sont en partie ces
travaux qui ont incité Van Allen à munir d’un
compteur Geiger les satellites de la Nasa.
Au tournant des années 60, les modèles et les
mesures sont améliorés. On découvre qu’il existe
non pas une mais deux ceintures. La première,
dite interne, n’excède pas 10 000 km d’altitude.
Elle est constituée de particules chargées qui
proviennent de l’interaction entre des rayons
cosmiques (des particules ultra énergétiques
issues d’explosions d’étoiles) et les atomes de
la haute atmosphère. La seconde, dite externe,
est plus vaste et contient essentiellement des
particules éjectées du Soleil.
La capacité de piégeage durable de la
magnétosphère est vérifiée expérimentalement
en 1958 et au début des années 60 :
les Américains puis les Russes font exploser
plusieurs bombes atomiques en haute altitude
et parviennent à observer, pendant plusieurs
années, les mouvements des électrons alors
dispersés dans l’espace.
Des ceintures de sécurité dangereuses
L’étude des ceintures de Van Allen a ainsi
bénéficié de la conquête spatiale, de modèles
théoriques, d’intuitions... et de campagnes
d’essais nucléaires. Elle a entraîné une
meilleure connaissance de la structure et
des variations de la magnétosphère ; elle a
également fait progresser la compréhension
de la façon dont la vie a pu se développer à
l’abri de forts rayonnements ionisants(1).
Il reste néanmoins à connaître plus précisément
les flux complexes de particules dont font
l’objet ces ceintures, notamment afin de
mieux estimer les dangers des rayonnements
en leur sein. Il s’agit en effet de protéger plus
efficacement les engins et les êtres vivants
qui les traverseront lors des futures missions
spatiales, surtout en période d’éruption solaire
dont le flux important de particules « gonfle
d’énergie » les ceintures. Tel est l’objectif d’une
mission que la Nasa va lancer en 2011 dans le
cadre de son programme « Living With A Star »
(Vivre avec une étoile).
(1) Voir le Numéro 5 de "Têtes chercheuses dans la rubrique Archives
• Souvenirs de recherche spatiale - David P. Stern
• Sur le programme Living With A Star (en anglais)
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