© www.ohazar.com«L’Europe et la recherche », tel a été l’un
des thèmes nationaux majeurs défini
par le Ministère de l’enseignement supérieur
et de la recherche pour la 17ème Fête de la
science, une manifestation organisée en région
par la Délégation régionale à la recherche et
à la technologie – Préfecture de région avec le
soutien des Collectivités locales et coordonnée
par le Conservatoire national des arts et métiers
des Pays de la Loire.
À cette occasion, les scientifiques étaient
invités à indiquer, dans leurs interventions, la
façon dont leurs recherches s’inscrivent dans
une perspective spécifiquement européenne.
Or, comme lors de précédentes éditions, une
autre thématique a partagé le devant de la
scène : le développement durable. Plus de 50
des 280 animations proposées en région ont
en effet porté explicitement sur la préservation
des ressources naturelles et de la biodiversité.
On constate, plus généralement, que les
chercheurs manquent peu d’occasions
d’indiquer en quoi leurs travaux pourront
contribuer tôt ou tard à préserver
l’environnement et ses ressources. Cette
tendance répond à une demande du public
aussi bien qu’à une incitation politique.
Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement
supérieur et de la recherche, déclarait ainsi en
mars 2008 « qu’une plus large publicité doit être donnée aux travaux des scientifiques, pour achever d’éveiller nos consciences qui trop souvent encore sous-estiment (…) les défis environnementaux », et rappelait le 13
octobre dernier que le développement durable
est, avec la lutte contre les pathologies du Sida
et d’Alzheimer, au premier rang des priorités
de la recherche nationale.
Comment cette nouvelle priorité influe-t-elle
sur les présentations faites par les chercheurs
et sur la réceptivité du public visiteur ?
Un sésame ou un prétexte ?
Au village des sciences
de la Roche-sur-
Yon, l’équipe de
Sébastien Tesson,
chef du département
Génie biologique de
l’IUT yonnais, a proposé un
atelier sur le thème « transport
et développement durable ».
Les travaux présentés sont axés sur des
dispositions visant à compenser les dégradations
de l’eau, de la faune et de la flore induites par
les aménagements du territoire. «Nous n’avons pas attendu le Grenelle de l’environnement pour agir et pour promouvoir notre travail, indique Sébastien Tesson, mais le public, dont une partie n’avait aucune idée de ce qui était déjà fait ou faisable dans notre domaine, y est devenu très réceptif récemment. Les étudiants le sont tout particulièrement : il y a 13 ans, notre option de formation “Génie de l’environnement” leur était moins attractive qu’aujourd’hui ; l’accès au DUT fait maintenant l’objet d’une sélection importante.»
Sylvain Collet, enseignant-chercheur
au laboratoire
« Chimie et interdisciplinarité
: synthèse,
analyse, modélisation »
de l’Université de
Nantes, a intitulé « Pas de développement durable sans chimie » sa conférence
présentée au village des sciences
de Saint-Nazaire. « Nous utilisons volontiers cette notion pour susciter l’intérêt du public : c’est pour nous un moyen de valoriser nos recherches, même si elles n’ont pas toujours, en apparence, de lien direct avec le développement durable. Or, si ce dernier est souvent assimilé, par le public, à la seule préservation des ressources de l’environnement, protéger les Hommes de maladies par la mise au point de médicaments ou élaborer des tissus synthétiques pour vêtir une population mondiale croissante relèvent aussi du développement durable. »
Un levier pour toutes les sciences
Sylvain Collet utilise donc la notion de développement durable comme un levier pour faire percevoir plus largement les enjeux de la chimie et présenter des aspects fondamentaux de ses recherches qui auraient sans doute moins séduit d’emblée le public. Et la recette fonctionne : depuis 2006, plus de 1 500 lycéens ont assisté à cette conférence, un record pour ce laboratoire. Cependant, les chercheurs ne sont pas toujours en mesure de tirer parti d’un tel engouement. On peut craindre alors que l’intérêt du public, des étudiants ou des politiques se détourne de certains thèmes de recherche moins « dans l’air du temps » mais dont les enjeux sont néanmoins importants ou pourraient le devenir. Les projets liés au développement durable nécessitant presque toujours la collaboration de plusieurs disciplines, une meilleure explication de ce concept donne toutefois l’occasion de valoriser des sciences peu connues du public, comme la sociologie, la géographie ou l’économie ; c’est peut-être là un autre levier à exploiter davantage.
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