Les mots cités par les personnes interrogées (vocabulaire spécifique) ont été regroupés dans 4 catégories thématiques, autrement appelées « classes sémantiques ». Le poids d’une catégorie est la proportion des mots cités qui appartiennent à cette catégorie.
Source : Mohamed Merdji et Gervaise Debucquet (2006).
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Les fabricants de produits alimentaires s’intéressent depuis quelques
années au design comme outil stratégique pour valoriser leurs produits.
Même si leurs investissements se concentrent encore beaucoup sur le
packaging et la publicité, l’aspect du produit (design visuel), les recettes,
saveurs et textures (design gustatif) et les sons émis sous la dent (design
sonore) font en effet l’objet de nombreuses recherches innovantes.
Ainsi voit-on apparaître de nouveaux métiers de « créateur en imaginaire
alimentaire », de nouvelles spécialités dans les écoles de design et des
manifestations artistiques dans le secteur agroalimentaire. Ce mouvement,
initié par des grands chefs de la restauration, tel l’Espagnol Ferran Adriá
ou des pâtissiers comme Pierre Hermé, investit peu à peu les rayons des
supermarchés, cherchant à séduire les consommateurs français dont un
tiers déclare attendre « des aliments qui changent »(1).
Cependant, l’aliment étant destiné à être ingéré, nous entretenons avec lui
une relation particulière, régie par ce que les anthropologues nomment la
« pensée magique » et qui consiste à croire que l’on devient ce que l’on mange.
Par exemple, manger un animal vigoureux rendrait plus fort. Les publicitaires
l’ont compris pour vanter les bienfaits de certains produits, à l’instar d’Activia
de Danone (« Ce qui fait du bien à l’intérieur se voit à l’extérieur »).
Aussi, lorsqu’il est appliqué aux produits alimentaires, le design peut
conférer à ceux-ci une dimension non comestible parce qu’il entrave
alors leur appropriation par le mangeur. Une étude récente portant sur
la perception d’un sablé « épinard-framboise », à rayures roses, vertes
et jaunes et présenté sur un emballage cartonné en forme de cintre,
a montré, en effet, que les consommateurs envisagent ce produit davantage
comme une oeuvre d’art ou un objet de décoration que comme une chose
comestible. Elle indique que, lorsque le design visuel instaure une rupture
avec les produits existants sur le marché, les consommateurs ont du mal
à évaluer les conséquences de sa consommation.
Ces produits très innovants semblent, pour l’instant, ne séduire qu’une
cible restreinte de consommateurs, plutôt jeunes, urbains, aisés et dont
les motivations d’achat sont liées à des critères esthétiques. Ils restent
encore consacrés à une consommation occasionnelle, plutôt festive (pour
faire un cadeau original ou épater ses convives), et cantonnés aux rayons
de circuits de distribution sélectifs tels que ceux de quelques fameuses
enseignes parisiennes.
• (1) source : TNS Media Intelligence (enquête SIMM 2004)
Collection de 34 éclairs sucrés ou salés créés par la pâtisserie Fauchon pour son « week-end éclair » organisé en septembre 2008 © Fauchon• Couleur et alimentation (Lavoisier, Tec & Doc, 2008).
Qu’est-ce qui distingue le mangeur français du mangeur américain ?
Les aliments que nous préférons sont, au même
titre que notre façon de manger, le reflet de
notre culture et de notre identité. Il suffit, pour
s’en convaincre, de comparer dans les tableaux
ci-dessous les représentations associées à l’acte
alimentaire par les Français et par les Américains.
Ces deux « cartes cognitives » ont été construites
à partir des réponses à l’une des questions
ouvertes posées à des consommateurs : « Si je vous dis manger, quels sont les 5 mots qui vous viennent spontanément à l’esprit ? ».
Sandwich contre pot au feu
Le tableau 1 (ci-contre) suggère que l’acte alimentaire
est, pour les Américains, individuel et non
ritualisé. Les enquêtes montrent en effet
qu’aux états-Unis, globalement, chacun se
sent libre de manger ce qu’il veut, quand et
où il veut, chez lui ou hors de chez lui : au
restaurant, au fast-food, au bureau, dans la
rue ou en conduisant sa voiture. Le besoin
que les Américains veulent donc satisfaire en mangeant est avant tout fonctionnel :
ils prennent du plaisir à manger mais ils le font d’abord pour
se nourrir. Comme le tableau 1 l’indique également, tout
ce qui est simple, pratique et rapide est bienvenu, comme
les sandwichs, les pizzas et d’autres aliments qu’il suffit de
réchauffer ou de griller.
Le lexique alimentaire des Français (tableau 2 ci-contre) est plus riche
que celui des Américains. Il donne de l’acte alimentaire, à
l’inverse de l’observation précédente, l’image d’une pratique
très socialisée, ritualisée et encadrée par des normes : trois
prises quotidiennes (petit-déjeuner, déjeuner et dîner) ;
un repas structuré par une entrée, un plat principal et un
dessert ; l’importance accordée au goût, aux produits du
terroir, à la cuisine traditionnelle, et surtout au partage et à
la convivialité. En France, quand on mange seul ou « sur le
pouce », on n’a pas le sentiment d’avoir bien mangé. Pour ce
faire, il faut prendre le temps de « se poser », en partageant
autant que possible le plaisir du repas avec ses proches ou
ses collègues ; il faut aussi prendre le temps de faire les
courses, de choisir ses produits, de préparer et de déguster
les plats qu’on aime après leur avoir laissé, à eux aussi,
le temps de « bien mijoter ».
L’Américain attend surtout de l’aliment une innocuité
microbiologique et une qualité nutritionnelle ; le Français est
davantage intéressé par l’histoire de l’aliment et ce qu’on
peut lui associer : où, quand, comment et par qui il a été
produit ; avec quoi ou avec qui il gagne à être mangé, etc.
La valse des étiquettes
Les connaissances apportées par ce type d’études peuvent
aider les entreprises à mieux cerner les cultures alimentaires
des consommateurs afin d’optimiser leurs stratégies
marketing en fonction des spécificités des marchés qu’elles
souhaitent investir. Elles permettent notamment d’adapter
les informations portées sur les emballages des produits à
la réceptivité des consommateurs.
À titre d’exemple, notre équipe a récemment réalisé une autre enquête portant sur la perception des « aliments santé » comme les denrées enrichies en vitamines ou en oméga-3. Il en ressort que les consommateurs français sont, dans leur majorité, peu enclins à consommer ces produits qui, à l’inverse, séduisent les Américains. Ce constat, qui est cohérent avec celui de l’étude évoquée précédemment, permet d’expliquer pourquoi certaines des informations figurant sur les étiquettes et auxquelles les Français prêtent beaucoup d’attention (appellation d’origine contrôlée, recette traditionnelle...) ont en revanche peu de sens ou de valeur pour les Américains. Nous cherchons plus généralement à mieux connaître ce que telle ou telle catégorie de consommateurs comprend des diverses mentions inscrites sur les produits, quant à leurs compositions, leurs origines, leurs bienfaits potentiels... Nous pouvons alors fournir des indications aux autorités françaises et européennes afin que la législation en matière d’allégations nutritionnelles (lire "Yaourts au banc d’essai",) ne soit pas inutilement contraignante et se concentre sur les informations paraissant à la fois essentielles et susceptibles d’être les plus largement comprises au-delà des différences socioculturelles.
• Manger. Français, Européens et Américains face à l’alimentation, Claude Fischler et Estelle Masson (Odile Jacob, Paris, 2007)
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